Alors que j'étais dans mon état habituel, je me suis soudainement trouvée hors de mon corps, à l'intérieur d'une église. Là, il y avait un prêtre qui célébrait le Sacrifice divin. Il pleurait amèrement et disait: «La colonne de mon Église n'a pas d'endroit où se reposer!»
Pendant qu'il disait cela, j'ai vu une colonne dont le sommet touchait le ciel. À la base de cette colonne, se trouvaient des prêtres, des évêques, des cardinaux et d'autres dignitaires. Ils soutenaient la colonne. J'observais de très près. À ma surprise, j'ai vu que, parmi ces personnes, l'une était très faible, une autre à moitié putréfiée, une autre infirme, une autre couverte de boue. Très peu étaient en condition pour soutenir la colonne. En conséquence, cette pauvre colonne vacillait. Elle ne pouvait rester ferme à cause des coups qu'elle recevait au bas.
À son sommet se tenait le Saint-Père qui, avec des chaînes d'or et des rayons émanant de toute sa personne, faisait tout ce qu'il pouvait pour stabiliser la colonne et pour attacher et éclairer les personnes qui se trouvaient plus bas (bien que quelques-unes s'échappaient pour être plus libres de pourrir ou de devenir plus boueuses). Il s'efforçait aussi d'attacher et d'éclairer le monde entier.
Comme je regardais tout cela, le prêtre qui célébrait la messe (je pense que c'était Notre-Seigneur, mais je n'en suis pas sûre) m'appela près de lui et me dit:
«Ma fille, regarde dans quel piteux état se trouve mon Église! Ces personnes mêmes qui devraient la soutenir, la démolissent. Ils la frappent et vont jusqu'à la diffamer. Le seul remède pour moi est de faire couler beaucoup de Sang pour en former comme un bain afin de pouvoir laver cette boue putride et guérir ces blessures profondes. Lorsque, par ce Sang, ces personnes seront guéries, fortifiées et belles, elles pourront être des instruments capables de maintenir mon Église stable et ferme.» Et il ajouta: «Je t'ai appelée pour te demander si tu veux être une victime et, ainsi, être une tutrice pour supporter cette colonne en ces temps si incorrigibles.»
En premier lieu, j'ai senti un frisson me traverser, car j'avais peur de ne pas avoir la force. Ensuite, je me suis offerte et je me suis vue entourée de plusieurs saints, anges et âmes du purgatoire qui, avec des fouets et d'autres instruments, me tourmentaient. Au début, j'ai eu peur. Par la suite, plus je souffrais, plus mon désir de souffrir augmentait, et je goûtais la souffrance comme un très doux nectar. Et il me vint cette pensée: «Qui sait? Peut-être que ces douleurs seront un moyen de consumer ma vie et de m'amener à prendre mon dernier envol vers mon unique Bien!»
Mais après avoir subi de dures souffrances, j'ai vu, à mon grand regret, que ces souffrances ne consumaient pas ma vie. Ô Dieu, quelle douleur de constater que cette fragile chair m'empêche de m'unir à mon éternel Bien!
Puis j'ai vu un massacre sanglant sur les gens qui étaient au bas de la colonne. Quelle horrible catastrophe! Ceux qui ne furent pas victimes étaient très peu nombreux. L'audace des ennemis alla aussi loin que de tenter de tuer le Saint-Père!
Ensuite, il me sembla que ce sang versé et ces victimes constituaient le moyen de rendre forts ceux qui restaient, de telle manière qu'ils devinrent aptes à soutenir la colonne sans qu'elle vacille. Ah! que d'heureux jours se levèrent par la suite! Des jours de triomphe et de paix. La face de la terre sembla renouvelée. La colonne acquit son lustre et sa splendeur première. À distance, je salue ces heureux jours qui vont donner tant de gloire à l'Église et tant d'honneur à ce Dieu qui en est la tête!
Ce matin, mon aimable Jésus vint et me transporta hors de mon corps à l'intérieur d'une église, puis il me laissa là, seule. Me trouvant en présence du Très Saint Sacrement, je fis mon adoration coutumière. Ce faisant, j'étais tout yeux pour voir si je n'apercevrais pas mon doux Jésus. Justement, je l'ai vu sur l'autel sous la forme d'un enfant qui m'appelait de ses gracieuses petites Mains. Qui aurait pu décrire mon contentement? J'ai volé vers lui et, sans autre pensée, je l'ai serré dans mes bras et je l'ai embrassé.
Mais pendant ces simples gestes, il prit un aspect sérieux, me montra qu'il n'appréciait pas mes baisers et commença à me repousser. Cependant, ne prêtant pas attention à cela, je continuai et lui dis: «Mon cher Amour, l'autre jour tu voulus te manifester à moi avec des baisers et des embrassades et je t'ai accordé toute liberté. Aujourd'hui, c'est moi qui veux me manifester à toi. Ah! accorde-moi la liberté de le faire!»
Cependant, il continuait de me repousser. Voyant que je ne cessais pas, il disparut. Qui pourrait dire combien je fus mortifiée et anxieuse quand je me suis retrouvée en mon corps? Un peu plus tard, il revint. Comme je désirais lui demander pardon pour mes impertinences, il me pardonna en me manifestant sa tendresse. Il me dit en m'embrassant: «Délice de mon coeur, ma Divinité habite en toi continuellement. Comme tu inventes de nouvelles choses pour faire mes délices, ainsi je veux faire envers toi.» Ainsi, j'ai compris que c'était une blague qu'il m'avait faite.
Mon Jésus ne s'étant pas présenté ce matin, le démon a essayé de se montrer à moi en prenant l'aspect de Jésus. N'ayant pas perçu les effets habituels, j'ai commencé à avoir des doutes. Je me suis signée, puis j'ai tracé le signe de la croix sur lui. Se voyant signé, le démon trembla. Je l'ai immédiatement repoussé, sans le regarder.
Un peu plus tard, mon cher Jésus vint. Mais, ayant peur que ce soit encore l'esprit malin, j'ai essayé de le repousser en invoquant l'aide de Jésus et de Marie. Pour me rassurer, Jésus me dit: «Ma fille, pour détecter si c'est moi ou non, ton attention doit se porter sur les effets intérieurs que tu ressens, en te demandant s'ils te poussent à la vertu ou au vice car, étant vertu, ma Nature ne peut communiquer à mes enfants rien d'autre que des choses vertueuses.»
Mon adorable Jésus me transporta hors de mon corps et me montra des rues remplies de chair humaine. Quel carnage! Je suis horrifiée rien que d'y penser. Il me montra quelque chose qui était arrivé dans les airs; beaucoup moururent soudainement. Cela se passait dans le mois de mars.
Selon mon habitude, je l'ai prié de garder son calme et de protéger ses propres images de tourments si cruels et de guerres si sanglantes. Comme il portait sa couronne d'épines, je la lui ai prise et l'ai placée sur ma propre tête, dans le but de l'apaiser. Mais, à mon grand chagrin, j'ai vu que presque toutes les épines étaient restées cassées sur sa Tête très sainte, de sorte qu'il n'en restait que très peu pour me faire souffrir.
Jésus se montra sévère, sans presque m'accorder d'attention. Il me ramena dans mon lit, et je me suis vue les bras étendus et souffrant les douleurs de la crucifixion. Il prit mes bras, les croisa et les attacha avec une petite corde dorée. Sans chercher à comprendre la signification de cela, et pour briser son air sévère, je lui dis: «Mon très doux Amour, je t'offre les gestes de mon corps, gestes que toi-même as faits, et tous les autres gestes que je pourrai faire dans le seul but de te plaire et de te glorifier. Ah oui! je désire que les mouvements de mes paupières, de mes lèvres et de tout mon être soient faits uniquement pour te plaire! Accorde, ô bon Jésus, que tous mes os et mes nerfs témoignent continuellement de mon amour pour toi!»
Il me dit: «Tout ce qui est fait dans le but de me plaire uniquement brille tellement devant moi qu'il attire mon divin Regard. J'aime tant ces actes, même si ce n'est que de bouger une paupière, que je leur donne la valeur qu'ils auraient si je les faisais moi-même. Au contraire, les actes bons en eux-mêmes, et même grands, qui ne sont pas faits pour moi seul, sont comme des ors rouillés, éclaboussés, qui ne brillent pas; je ne leur accorde même pas un regard!»
Alors je dis: «Ah! Seigneur! Comme il est facile à la poussière de souiller nos actions!» Et Jésus reprit: «On ne doit pas remarquer la poussière car elle sera secouée. Ce qu'on doit remarquer, c'est l'intention.»
Pendant qu'il disait cela, Jésus attacha mes bras. Je lui dis: «Ô Seigneur, que fais-tu?» Il répondit: «Je fais cela parce que, lorsque tu es dans la position de la crucifixion, tu m'apaises. Et comme je veux châtier les personnes, je t'attache ainsi les bras.» Ayant dit cela, il disparut.
Pendant plusieurs jours, je fus en opposition avec Jésus parce que je lui demandais d'être libérée et qu'il ne le voulait pas. Tantôt il se montrait endormi, tantôt il m'imposait le silence. Ce matin, mon confesseur me commanda plus d'une fois de demander à Jésus de me libérer. Mais Jésus ne faisait pas attention.
Contrainte par l'obéissance, je dis à Jésus: «Mon aimable Jésus, quand as-tu contrevenu à l'obéissance? Ce n'est pas moi qui veux être libérée, c'est le confesseur qui veut que tu cesses de me faire souffrir la crucifixion. Condescends donc à cette vertu d'obéissance si prédominante chez toi, cette vertu qui tissa ta Vie toute entière et qui te conduisit à ton Sacrifice sur la Croix.»
Jésus répondit: «Tu veux vraiment me faire violence en te prévalant de l'anneau de l'obéissance, celui qui a uni mon Humanité à ma Divinité!» Comme il disait cela, il prit l'aspect du Crucifié et il partagea avec moi les douleurs de la crucifixion. Que le Seigneur soit toujours béni et que tout soit fait pour sa Gloire!
Puis je me sentis comme libérée.
Alors que j'étais dans mon état habituel, je me trouvai subitement hors de mon corps et il me sembla que je circulais partout sur la terre. Oh! comme elle était inondée d'iniquités. C'était horrible à voir!
À un endroit, je trouvai un prêtre menant une vie sainte et, à un autre, une vierge dont la vie était sainte et sans faute. Tous les trois avons échangé sur les nombreux châtiments que le Seigneur inflige et sur les nombreux autres qu'il s'apprête à infliger. Je leur dis: «Que faites-vous? Êtes-vous ajustés à la Justice divine?»
Ils me répondirent: «Nous sommes conscients de toute la gravité de ces tristes temps et de ce que l'homme ne se rendra pas, même si un apôtre était suscité ou si le Seigneur envoyait un autre saint Vincent Ferrier qui, par des miracles et de grands signes, essayait de l'amener à la conversion. L'homme a atteint une telle obstination et un tel degré d'insanité que même des miracles ne le feraient pas bouger de son incrédulité. Ainsi, par stricte nécessité, pour le bien de l'homme, pour endiguer cette mer pourrie qui inonde la terre, et pour la gloire de notre Dieu si outragé, l'humanité est confrontée à la Justice. Nous ne pouvons que prier et nous offrir comme victimes pour que ces châtiments amènent la conversion des peuples.»
Et ils ajoutèrent: «Et toi, que fais-tu? N'es-tu pas ajustée à la Justice divine comme nous?» Ce à quoi je répondis: «Ah non! je ne le peux pas. L'obéissance m'en empêche, bien que Jésus l'aimerait bien. Et comme l'obéissance doit prévaloir par-dessus tout, il est nécessaire pour moi d'être en opposition avec Jésus béni, ce qui m'afflige beaucoup.» Ils reprirent: «Il faut se conformer à l'obéissance.»
Après cela, je revins en mon corps alors même que je n'avais pas encore vu mon très cher Jésus. Je voulus savoir de quelle partie du monde ce prêtre et cette vierge étaient. Jésus me dit qu'ils étaient du Pérou.
Ce matin, mon aimable Jésus vint et me transporta hors de mon corps. Et j'ai vu quelque chose qui allait être déplacé du ciel pour toucher la terre. J'étais si effrayée que j'ai crié en disant: «Ah! que fais-tu Seigneur? Quelle destruction surviendra si cela arrive! Tu dis que tu m'aimes et tu veux m'effrayer? Ne fais pas cela! Non, non! Tu ne peux pas faire cela! Je ne le veux pas!»
Compatissant, Jésus me dit: «Ma fille, n'aie pas peur! Quand donc accepteras-tu que je fasse quelque chose? Faudrait-il que je ne te laisse rien voir quand je châtie les gens? Je vais fortifier ton coeur comme un tronc d'arbre afin que tu sois capable de supporter ce que tu vois.»
À ce moment, il sortit de mon coeur comme un tronc d'arbre. Au sommet, il y avait deux branches qui formaient comme une fourche. L'une des branches s'éleva dans les airs et s'empara de ce qui se déplaçait. Ainsi, la chose fut arrêtée. L'autre branche semblait toucher le sol.
Ensuite, je revins en mon corps. J'ai prié Jésus de s'apaiser. Il me sembla s'être si bien rendu à ma demande qu'il me partagea les douleurs de la Croix. Puis il disparut.
Ce matin, mon adorable Jésus semblait agité. Il ne faisait qu'aller et venir. À un moment, il restait avec moi. Au moment d'après, comme attiré par son ardent Amour envers les créatures, il allait voir ce qu'elles faisaient. Il sympathisait beaucoup avec elles sur ce qu'elles souffraient, à tel point qu'il était pris par leurs souffrances plus qu'elles-mêmes.
Plusieurs fois, par ses pouvoirs sacerdotaux, mon confesseur contraignit Jésus à me faire souffrir ses douleurs afin qu'il soit apaisé par mes souffrances. Quoique Jésus semblait ne pas vouloir être apaisé, il devenait reconnaissant par la suite et, de bon coeur, remerciait le prêtre de s'être occupé d'arrêter son Bras vengeur. Il me faisait partager une souffrance, puis une autre. Oh! qu'il était émouvant de le voir dans cet état! Cela brisait mon coeur de compassion. Plusieurs fois il me dit:
«Conforme-toi à ma Justice, car je ne peux plus la retenir. Ah! l'homme est trop ingrat! De tous côtés, il me contraint à le châtier; il m'arrache lui-même les châtiments des mains. Si tu savais comme je souffre quand je déploie ma Justice. Mais c'est l'homme lui-même qui me force. Par le fait que j'ai acheté sa liberté au prix de mon Sang, il devrait m'être reconnaissant. Mais, au contraire, pour me faire un plus grand mal, il invente de nouvelles manières de rendre mon Sang inutile.»
Pendant qu'il disait cela, il pleurait amèrement. Pour le consoler, je lui dis: «Mon doux Bien, ne t'afflige pas. Je vois que ton affliction est davantage reliée à la nécessité que tu ressens de châtier les gens. Ah non! Puisse-t-il n'en jamais être ainsi. Puisque tu es tout pour moi, je veux être tout pour toi. En conséquence, envoie tes châtiments sur moi. Je suis une victime toujours à ta disposition. Tu peux me faire souffrir tout ce que tu voudras. Ainsi, ta Justice sera apaisée de quelques degrés et tu seras réconforté dans les afflictions que tu ressens en voyant souffrir les créatures. J'ai toujours été contre l'application de ta Justice car, lorsque l'homme souffre, tu souffres plus que lui.»
Mon aimable Jésus continuait à se montrer affligé. Ce matin, notre Reine Maman vint avec lui. Il me sembla qu'elle m'amenait Jésus pour que je l'apaise et qu'avec elle je le prie de me faire souffrir pour sauver les gens. Il me dit que ces jours derniers, si je ne m'étais pas interposée pour empêcher l'application de sa Justice, et si le confesseur n'avait pas usé de ses pouvoirs sacerdotaux pour lui demander de me faire souffrir, conformément à ses intentions, plusieurs catastrophes seraient arrivées.
À cet instant, j'ai vu le confesseur et j'ai immédiatement prié Jésus et la Reine Mère pour lui. Tout tendre, Jésus dit: «Dans la mesure où il prendra soin de mes intérêts en me priant et en s'engageant à renouveler les autorisations pour que je puisse te faire souffrir dans le but d'épargner les gens, alors je prendrai soin de lui et je l'épargnerai. Je suis prêt à faire cet arrangement avec lui.»
Après cela, je regardai mon doux Bien. J'ai vu qu'il tenait deux éclairs dans ses Mains. L'une représentait un grand tremblement de terre et l'autre, une guerre accompagnée de beaucoup de morts subites et de maladies contagieuses. Je l'ai prié pour qu'il verse sur moi ces éclairs; je voulais presque les prendre de ses Mains. Mais, pour m'empêcher de les prendre, il s'éloigna de moi. J'ai essayé de le suivre et, ainsi, je me suis retrouvée hors de mon corps. Jésus disparut et je restai seule.
Alors, je suis allée faire un tour et je me suis retrouvée dans des endroits où c'était la saison des récoltes. Il semblait qu'il y avait là des bruits de guerre. Je voulais m'y rendre pour aider les personnes, mais les démons m'empêchaient d'aller où ces choses étaient sur le point d'arriver. Ils me frappaient pour m'empêcher d'aider les gens. Il usèrent de tant de violence qu'ils me forcèrent à reculer.
Mon adorable Jésus vint. Avant son arrivée, mon esprit pensait à certaines choses qu'il m'avait dites dans les années passées (et dont je ne me souvenais plus très bien). Un peu pour me les rappeler, il me dit: «Ma fille, l'orgueil ronge la grâce. Dans le coeur des orgueilleux, il n'y a que le vide rempli de fumée, ce qui produit l'aveuglement. L'orgueil fait d'une personne sa propre idole. L'orgueilleux n'a pas son Dieu en lui-même; par le péché, il le détruit dans son coeur. En érigeant un autel dans son coeur, il se place au-dessus de Dieu et il s'adore.»
Ô Dieu, quel abominable monstre est ce vice! Il me semble que si l'âme était attentive à ne pas le laisser entrer en elle, elle serait libre de tout autre vice. Mais si, pour sa plus grande infortune, elle se laisse dominer par cette monstrueuse mère, celle-ci donne naissance à tous ses enfants ingouvernables que sont les autres péchés. Ô Seigneur, préserve-moi de l'orgueil!
Ce matin, mon très aimable Jésus venait tout juste d'arriver quand il m'a dit: «Ma fille, tout ton plaisir doit être de te regarder en moi. Si tu fais toujours cela, tu attireras en toi toutes mes qualités, ma physionomie et mes traits. En échange, mon plaisir et mon plus grand contentement seront de me regarder en toi.»
Ayant dit cela, il disparut. Alors que je réfléchissais à ce qu'il venait de me dire, il revint soudain. Mettant sa sainte Main sur ma tête, il tourna ma face vers la sienne et ajouta: «Aujourd'hui, je veux me réjouir un peu en me regardant en toi.»
Ainsi, dans un grand frisson, je revis toute ma vie. Une telle terreur s'empara de moi que je me sentis mourir, car je vis qu'il me regardait très intensément, se regardant en moi, désirant se réjouir dans mes pensées, mes regards, mes paroles et tout le reste. Je me suis dit en mon intérieur: «Ô Dieu, est-ce que je te réjouis ou est-ce que je t'aigris?».
À ce moment, notre chère Reine Maman vint à mon aide. Tenant une robe très blanche dans ses Mains, elle me dit avec beaucoup d'amabilité: «Ma fille n'aie pas peur. Je veux t'habiller de mon Innocence. De cette manière, se regardant en toi, mon cher Fils trouvera en toi les plus grandes délices que l'on puisse trouver chez une créature humaine.»
Elle m'habilla avec cette robe et me présenta à mon cher Bien en lui disant: «Mon cher Fils, accepte-la à cause de moi, et réjouis-toi en elle.» Toutes mes peurs me laissèrent et Jésus se réjouit en moi et moi en lui.
Ce matin, mon doux Jésus vint et me transporta hors de mon corps. Le voyant rempli d'amertume, je l'ai supplié de verser cette amertume en moi. Mais, même si je l'ai beaucoup prié, je n'arrivais pas à obtenir qu'il le fasse. Cependant, ma respiration devint amère, puisque je m'étais approchée de sa Bouche pour recevoir son amertume.
Pendant ce temps, j'ai vu un prêtre qui mourait. Je n'étais par sûre de son identité, compte tenu de ce que j'avais une intention de prière pour un prêtre malade. Je ne pouvais pas savoir si c'était lui ou un autre. Et j'ai dit à Jésus: «Seigneur, que fais-tu? Ne vois-tu pas le manque de prêtres qu'il y a dans Corato pour que tu veuilles nous en prendre un autre!»
Sans faire attention à moi et avec une main menaçante, Jésus dit: «Je les détruirai! J'en détruirai encore plus!»
Pendant que j'étais très souffrante, mon aimable Jésus vint. Il mit son Bras derrière mon cou comme pour me soutenir. Étant tout près de lui, j'ai voulu adorer ses saints Membres, en commençant par sa très sainte Tête. À ce moment, il me dit: «Ma bien-aimée, j'ai soif. Laisse-moi étancher ma soif dans ton amour, car je ne peux plus me retenir.» Alors, prenant l'aspect d'un enfant, il se plaça dans mes bras, commença à se nourrir, et sembla même prendre un très grand plaisir à cela. Il en fut complètement rafraîchi et désaltéré.
Ensuite, voulant presque jouer avec moi, il traversa mon coeur de part en part avec une lance qu'il tenait dans sa Main. J'en ai ressenti une douleur très grande, mais j'étais très contente de souffrir, spécialement parce que c'était par les Mains de mon seul et unique Bien! Je l'ai invité à me faire souffrir par de plus grandes déchirures encore car, de là, provenait le plaisir et la douceur que je goûtais.
Pour me rendre plus heureuse, Jésus déchira mon coeur, le prit dans ses Mains et, avec la même lance, le coupa au milieu et y trouva une croix très blanche et resplendissante. La prenant dans ses Mains, il se réjouit grandement et me dit: «L'amour et la pureté avec lesquels tu as souffert ont produit cette croix. Je me réjouis beaucoup de la manière dont tu souffres; non seulement moi, mais aussi le Père et le Saint-Esprit.»
En un instant, j'ai vu les trois Personnes divines qui, m'entourant, se réjouissaient en regardant cette croix. Mais je me suis plainte en disant: «Grand Dieu, ma souffrance est trop petite; je ne suis pas contente avec seulement la croix, je veux aussi les épines et les clous; et si je ne les mérite pas parce que je suis indigne et pécheresse, vous pouvez certainement me donner les dispositions pour que je les mérite.»
M'envoyant un rayon de lumière intellectuelle, Jésus me fit comprendre qu'il voulait que je confesse mes péchés. Je me suis sentie presque anéantie devant les trois Personnes divines, mais l'Humanité de Notre-Seigneur infusa en moi la confiance. Me tournant vers lui, j'ai dit le confiteor puis j'ai commencé à confesser de mes péchés. Comme je me trouvais toute plongée dans mes misères, une voix vint du milieu d'eux et me dit: «Nous te pardonnons. Ne pèche plus.»
J'ai cru que j'allais recevoir l'absolution de Notre-Seigneur mais, le moment venu, il disparut. Un peu plus tard, il revint sous la forme du Crucifié et partagea avec moi les douleurs de la Croix.
Ce matin, mon cher Jésus n'est pas venu. Après beaucoup de difficultés, je l'ai à peine entrevu. Pour me plaindre de son retard, je lui ai dit: «Seigneur béni, pourquoi as-tu tant tardé? Peut-être as-tu oublié que je ne peux être sans toi? Aurais-je perdu ta grâce, pour que tu ne viennes plus?»
Interrompant mon discours plaintif, il me dit: «Ma fille, sais-tu ce que fait ma grâce? Ma grâce rend heureux les âmes qui ont la vision béatifique de même que les voyageurs sur la terre, avec cette différence: les âmes qui ont la vision béatifique jouissent et se réjouissent elles-mêmes et les voyageurs sur la terre travaillent à ma promotion. Celui qui possède la grâce porte en lui le Paradis, car posséder la grâce n'est rien d'autre que de me posséder. Et puisque moi seul suis l'objet enchanteur qui enchante tout le Paradis et qui forme tout le bonheur des bienheureux, en possédant la grâce, l'âme possède son Paradis où qu'elle soit.»
Mon délicieux Jésus vint, plein d'affabilité. Il était comme un ami intime qui fait beaucoup de compliments à son ami et lui témoigne son amour. Les premiers mots qu'il me dit furent: «Ma bien-aimée, si tu savais seulement combien je t'aime! Je me sens puissamment attiré à t'aimer. Mes simples délais à venir me demandent beaucoup d'efforts et sont de nouvelles raisons qui me font venir te remplir de grâces nouvelles et de charismes célestes. Si tu pouvais comprendre combien je t'aime, ton propre amour te paraîtrait comme imperceptible comparativement au mien.»
Je lui dis: «Mon doux Jésus, ce que tu dis est vrai, mais moi aussi je t'aime beaucoup. Et si tu dis que mon amour comparé au tien est à peine perceptible, c'est parce que ta Puissance est sans limite et la mienne très limitée. Je ne peux faire que ce qui m'est donné par toi. Ceci est tellement vrai que lorsque me vient le désir de souffrir davantage pour mieux te témoigner le grand amour que j'ai pour toi, si tu ne me concèdes pas de souffrir, cela n'est pas en mon pouvoir et je suis contrainte à me résigner à être inutile, comme je l'ai toujours été par moi-même. La souffrance est en ton Pouvoir. Quelle que soit la manière que tu veuilles utiliser pour me manifester ton Amour, tu peux le faire quand tu le veux. Mon Bien-aimé, donne-moi le même pouvoir que toi et je te montrerai ce que je sais faire pour te manifester mon amour. Dans la mesure où tu me donnes ton Amour, dans la même mesure je te donnerai le mien.»
Il écoutait avec grand plaisir mes paroles insensées et, presque pour me mettre à l'épreuve, il me transporta hors de mon corps à l'entrée d'un endroit profond, noir et plein de feu liquide (la simple vue de cet endroit me causait horreur et frayeur). Il me dit: «Voici le purgatoire où sont rassemblées de nombreuses âmes. Tu iras dans cet endroit pour souffrir et libérer ces âmes qui me plaisent; tu le feras par amour pour moi.»
Un peu en tremblant, je lui dis: «Pour ton Amour, je suis prête à tout; mais tu dois venir avec moi parce que, si tu me laisses, je ne serai pas capable de te trouver et tu me feras beaucoup pleurer.» Il répondit: «Si je vais avec toi, que sera ton purgatoire? Avec ma présence, tes douleurs seront changées en joies et en contentements.» Je lui dis: «Je ne veux pas y aller seule. Nous irons dans ce feu ensemble, tu seras derrière moi; ainsi je ne te verrai pas et j'accepterai cette souffrance.»
J'allai donc dans ce lieu rempli de denses ténèbres. Il se mit derrière moi. Effrayée qu'il puisse me laisser, je pris ses Mains et je les tenais pressées dans mon dos. Qui pourrait décrire les douleurs que ces âmes souffrent? Elles sont certainement inexplicables à des personnes vêtues de chair humaine. Par ma présence dans ce feu, ces douleurs furent amoindries et les ténèbres furent dissipées. Beaucoup d'âmes sortirent, et les autres furent soulagées. Après avoir été là pendant environ un quart d'heure, nous quittâmes.
Cependant, Jésus gémissait beaucoup. Je lui dis: «Dis-moi, mon Bien, pourquoi gémis-tu? Ma chère Vie, j'en suis peut-être la cause; c'est peut-être parce que je ne voulais pas aller dans cet endroit de douleurs? Dis-moi, dis-moi, as-tu beaucoup souffert en voyant souffrir ces âmes? Que ressens-tu?»
Il me répondit: «Ma bien-aimée, je me sens tout rempli d'amertume, si bien que je ne peux plus les contenir; je suis près de les verser sur la terre.» Je lui dis: «Non, non, mon doux Amour, tu les verseras sur moi, ne veux-tu pas?» Je me suis donc approchée près de sa Bouche et il versa dans la mienne une liqueur très amère et en telle abondance que je ne pouvais la contenir. Je le priai pour qu'il me donne la force de la garder. Autrement, j'aurais fait ce que je ne voulais pas qu'il fasse, c'est-à-dire que je l'aurais versée sur la terre et j'aurais beaucoup regretté d'avoir fait cela.
Il semble qu'il me donna la force, même si les souffrances étaient si grandes que je me sentais faiblir. Me prenant dans ses Bras, Jésus me soutint et me dit: «Avec toi, on doit nécessairement se soumettre. Tu deviens si importune que je me sens obligé de te contenter.»
Mon adorable Jésus vint comme à l'accoutumée. Cette fois, je l'ai vu quand il était à la colonne. Se détachant par lui-même, il se jeta dans mes bras pour être pris en pitié. Je l'ai pressé sur moi et j'ai commencé à sécher et à placer ses Cheveux tout encroûtés de Sang. Je les baisais, de même que ses Yeux et sa Face, et je faisais des actes variés de réparation. Quand j'arrivai à ses Mains et que je lui enlevai la chaîne, avec grand étonnement, j'ai remarqué que, même si la Tête était celle de Jésus, les membres étaient de beaucoup d'autres personnes, religieuses spécialement. Oh! combien étaient nombreux les membres infectés donnant plus de ténèbres que de lumière!
Sur la gauche étaient ceux qui faisaient souffrir le plus Jésus. Il y avait là des membres malades, pleins de blessures profondes remplies de vers, et d'autres qui étaient rattachés à ce corps à peine par un nerf. Ah! comme cette Tête divine souffrait et vacillait au-dessus de ces membres! Sur le côté droit se tenaient ceux qui étaient mieux, c'est-à-dire, les membres sains, resplendissants, couverts de fleurs et de rosée céleste, et dégageant de délicieuses odeurs.
La Tête divine, au-dessus des membres, souffrait beaucoup. C'est vrai qu'il y avait des membres resplendissants qui étaient comme de la lumière pour la Tête, qui la ravivaient et lui donnaient une très grande gloire, mais le plus grand nombre étaient des membres infectés.
Ouvrant sa très douce Bouche, Jésus me dit: «Ma fille, combien de douleurs ces membres me donnent! Ce corps que tu vois est le corps mystique de mon Église, duquel je me glorifie d'être la Tête. Mais quelles déchirures cruelles ces membres font dans le corps. Il semble qu'ils se stimulent l'un l'autre à me tourmenter davantage.»
Il m'a dit d'autres choses sur ce corps, mais je ne me souviens plus très bien. Aussi, je m'arrête ici.
Pendant que j'étais très affligée à cause de certaines choses qu'il ne m'est pas permis de dire ici, mon aimable Jésus, désirant me réconforter, vint d'une manière toute nouvelle. Il me sembla habillé de bleu ciel, tout orné de petites clochettes d'or qui tintaient quand elles se frappaient entre elles et qui émettaient un son jamais encore entendu. À ce spectacle et au son charmant des clochettes, je me suis sentie enchantée et soulagée de mon affliction qui, comme une fumée, se dissipa.
Je serais restée là en silence (les puissances de mon âme étaient tellement étonnées), si Jésus béni n'avait pas brisé le silence en me disant: «Ma fille bien-aimée, ces clochettes sont autant de voix qui te parlent de mon Amour et qui t'invitent à m'aimer. Maintenant, laisse-moi voir combien de clochettes tu as qui me parlent de ton amour et qui m'appellent à t'aimer!»
En rougissant, je lui dis: «Oh! Seigneur, que dis-tu? Je n'ai rien, sinon mes défauts habituels.» Prenant pitié de ma misère, il poursuivit: «Tu n'as rien, c'est vrai, mais je veux t'orner de mes propres clochettes pour que tu aies plein de voix avec lesquelles m'appeler et me montrer ton amour.»
Ensuite, il me sembla qu'il entourait ma taille d'une bande décorée de ces petites clochettes. Puis, je restai silencieuse. Il ajouta: «Aujourd'hui, j'ai le plaisir de rester avec toi; dis-moi quelque chose.» Je lui dis: «Tu sais que tout mon contentement est d'être avec toi! Quand je t'ai, j'ai tout! Quand je te possède, il me semble que je n'ai rien d'autre à désirer ou à dire.»
Il poursuivit: «Fais-moi entendre ta voix qui réjouit mon Ouïe. Conversons ensemble un peu. Je t'ai souvent parlé de la croix. Aujourd'hui, laisse-moi t'entendre m'en parler.»
Je me suis sentie toute confuse. Je ne savais pas quoi dire. Mais lui, pour m'aider, m'envoya un rayon de lumière intellectuelle, et j'ai commencé à dire: «Mon Bien-Aimé, qui peut te dire ce qu'est la croix et ce qu'elle fait? Seulement ta Bouche peut parler dignement de la sublimité de la croix! Mais puisque tu veux que je t'en parle, je le ferai.
«La croix soufferte par toi, Jésus-Christ, me libère de l'esclavage du démon et m'unit à la Divinité par un lien indissoluble. La croix est fertile et donne naissance à la grâce en moi. La croix est légère, elle me désillusionne du temporel et me dévoile l'éternité. La croix est un feu qui réduit en cendres tout ce qui n'est pas de Dieu, jusqu'à vider le coeur de toute petite poussière qui pourrait s'y trouver.
«La croix est une monnaie d'une valeur inestimable. Si j'ai la bonne fortune de la posséder, je deviens enrichie d'une monnaie éternelle apte à faire de moi la plus riche du Paradis, car la monnaie qui circule dans le Ciel provient des croix souffertes sur la terre.
«La croix m'amène à me connaître moi-même. Elle me donne aussi la connaissance de Dieu. La croix greffe sur moi toutes les vertus. La croix est le noble siège de la Sagesse incréée qui m'enseigne les doctrines les plus hautes, les plus subtiles et les plus sublimes. Elle me dévoile les mystères les plus secrets, les choses les plus cachées, les perfections les plus parfaites, toutes choses cachées aux plus savants et aux plus sages du monde.
«La croix est cette eau bienfaisante qui me purifie et qui nourrit en moi les vertus. Elle les fait croître. Elle me quitte après m'avoir conduite à la vie éternelle.
«La croix est cette céleste rosée qui préserve et embellit en moi le beau lys de la pureté. La croix nourrit l'espérance. La croix est le flambeau de la foi agissante. La croix est ce bois solide qui préserve et maintient toujours enflammé le feu de la charité. La croix est ce bois sec qui fait s'évanouir et se disperser la fumée de l'orgueil et de la vaine gloire, et qui produit dans l'âme l'humble violette de l'humilité.
«La croix est l'arme la plus puissante pour assaillir les démons et me défendre de toutes leurs emprises. L'âme qui possède la croix fait l'envie et l'admiration de tous les anges et de tous les saints, et la rage et la colère des démons. La croix est mon paradis sur la terre, tel que si le Paradis d'en haut est jouissance, celui d'ici-bas est souffrance.
«La croix est la chaîne d'or très pur qui me relie à toi, mon plus grand Bien, et qui forme la plus intime union qui puisse être en me faisant me transmuer en toi, mon Objet bien-aimé, jusqu'à ce que je me sente perdue en toi et que je vive de ta Vie même.»
Après que j'eus dit cela -- je ne sais si c'est un non-sens --, mon aimable Jésus se réjouit grandement et, pris par un transport d'Amour, me baisa partout et me dit: «Bravo, bravo, ma bien-aimée! Tu as bien parlé! Mon Amour est feu, mais pas comme un feu de la terre qui rend stérile tout ce qu'il pénètre et réduit tout en cendres. Mon Feu est fertile et rend stérile seulement ce qui n'est pas vertu. À tout le reste, il donne vie. Il fait germer de belles fleurs, donnant des fruits très exquis et formant le jardin céleste le plus délicieux.
«La croix est si puissante et je lui ai communiqué tant de grâces qu'elle est plus efficace que les sacrements eux-mêmes. Il en est ainsi parce que lorsqu'on reçoit le sacrement de mon Corps, les dispositions et le libre concours de l'âme sont nécessaires pour qu'on en reçoive mes grâces. Ils peuvent souvent manquer, tandis que la croix a la puissance de disposer l'âme à la grâce.»
Ce matin, brisant un long silence, mon aimable Jésus me dit: «Je suis le réceptacle des âmes pures.» En me disant cela, il me donna une lumière intellectuelle qui me fit comprendre plusieurs choses sur la pureté. Mais je ne puis traduire en mots que très peu ou rien du tout de ce que je ressens dans mon intellect. Cependant, la très honorable dame obéissance veut que j'écrive quelque chose, même si ça risque de manquer de sens. Pour la contenter, elle seule, je dirai mes sottises sur la pureté.
Il m'apparaît que la pureté est le plus noble joyau qu'une âme puisse posséder. L'âme qui possède la pureté est investie d'une lumière candide. En la regardant, Dieu y voit sa propre Image. Il se sent tellement attiré par cette âme qu'il en tombe amoureux. Son Amour pour elle est si grand qu'il lui donne son Coeur très pur comme refuge. D'ailleurs, seulement ce qui est pur et sans tache peut entrer dans son Coeur.
L'âme qui possède la pureté garde en elle la splendeur première que Dieu lui a donnée au moment de sa création. Rien en elle n'est souillé ou ignoble. Comme une reine qui aspire aux noces du Roi céleste, cette âme préserve sa noblesse jusqu'à ce que la noble fleur qu'elle est soit transplantée dans le jardin céleste.
Cette fleur virginale a un parfum distinctif! Elle s'élève au-dessus de toutes les autres fleurs, au-dessus des anges eux-mêmes. Elle se distingue par une beauté différente, tellement que tous sont pris d'estime et d'amour pour elle! Ils la laissent passer librement pour qu'elle atteigne l'Époux divin. La première place auprès de Notre-Seigneur est donnée à cette noble fleur. C'est pourquoi Notre-Seigneur se réjouit tant de marcher au milieu de ces lys qui parfument et la terre et le Ciel. Il se plaît d'autant plus à être entouré de ces lys, qu'il est lui-même le premier, le plus noble et l'exemple de tous les autres.
Oh! comme il est beau de voir une âme vierge! Son coeur ne respire aucun autre souffle que celui de la pureté et de l'innocence. Elle n'est obscurcie par aucun amour qui n'est pas de Dieu. Même son corps dégage la pureté. Tout est pur en elle. Elle est pure dans ses pas, dans ses actions, dans son discours, dans ses regards, dans ses mouvements. Simplement à la regarder, on reçoit sa fragrance.
Quels charismes, quelles grâces, quel amour réciproque, quelles amoureuses ingénuités entre l'âme pure et son Époux Jésus! Seulement celui qui la côtoie peut en dire quelque chose. Cependant tout ne peut être dit. Et je ne sens pas que je sois habilitée à parler sur ce sujet. C'est pourquoi je fais silence et je passe.
Ce matin, mon adorable Jésus n'est pas venu. Cependant, après avoir attendu un bon moment, il se montra plusieurs fois, mais très rapidement, presque comme l'éclair. Il semblait que je voyais une lumière plutôt que Jésus. De cette lumière, la première fois qu'il est venu, j'ai entendu une voix qui m'a dit: «Je t'attire de trois manières pour que tu m'aimes: par mes bienfaits, par mon attraction et par la persuasion.»
Qui pourrait dire combien de choses j'ai alors comprises? Par exemple que, pour attirer notre amour, Jésus béni fait descendre sur nous une pluie de bienfaits. Et voyant que cette pluie bienfaisante n'arrive pas à attirer notre amour, il va aussi loin que de se rendre plaisant et charmant. Et quels sont ses moyens d'attraction? Ce sont les douleurs souffertes par amour pour nous, allant jusqu'à mourir sur la Croix en répandant un déluge de Sang, où il devint si attrayant et si agréable que ses bourreaux et ses plus féroces ennemis tombèrent en amour avec lui. Et pour nous persuader davantage et pour rendre notre amour plus fort et plus stable, il nous a laissé la lumière de ses saints exemples et de sa doctrine céleste qui dissipe les ténèbres de cette vie et nous conduit au salut éternel.
La deuxième fois qu'il est venu, il m'a dit: «Je me manifeste aux âmes à travers la Puissance, les Nouvelles, et l'Amour. La Puissance est le Père Créateur; les Nouvelles sont la Parole; l'Amour est le Saint-Esprit.»
Il me semble que, par sa Puissance, Dieu se manifeste à l'âme à travers toute la Création. La Toute-Puissance de Dieu se manifeste à travers tous les êtres. Le ciel, les étoiles et tous les autres êtres nous parlent d'un Être suprême, d'un Être incréé et de sa Toute-Puissance. Le plus savant des hommes, avec toute sa science, ne peut même pas créer un vil rat. Et cela nous dit qu'il doit y avoir un Être incréé, un Être très puissant, qui a créé, qui a donné la vie et qui soutient tous les êtres. Oh! comme tout l'univers nous manifeste, en notes claires et en lettres indélébiles, Dieu et sa Toute-Puissance! Celui qui ne le voit pas est aveugle, et aveugle volontaire. Avec ses Nouvelles, il me semblait que Jésus béni, en descendant du Ciel, vint en personne sur la terre pour nous donner des nouvelles de ce qui est invisible pour nous. Par combien de voies ne s'est-il pas manifesté!
Oh! combien d'autres choses j'ai comprises, mais mes capacités de les décrire sont trop faibles. Je crois que chacun, par lui-même, comprend le reste. Aussi, je ne prolongerai pas sur ce sujet.
J'ai passé un bon nombre de jours dans la presque totale privation de mon plus grand et seul Bien, dans l'aridité de coeur, sans être capable de pleurer sur la grande perte que je vivais, même si j'offrais cette aridité à Dieu en lui disant: «Seigneur, reçois cela comme un sacrifice de ma part. Toi seul peux ramollir mon coeur si dur.»
Finalement, après une longue période de souffrance, ma chère Maman Reine vint, portant sur son Sein l'Enfant céleste, tout tremblant et enveloppé d'un vêtement de toile. Elle le mit dans mes bras en me disant: «Ma fille, réchauffe-le de ton affection, car mon Fils est né dans la pauvreté extrême, dans un total abandon des hommes et dans la plus grande austérité.»
Ah! comme il était mignon dans sa céleste beauté! Je l'ai pris dans mes bras et je l'ai serré pour le réchauffer, car il avait froid, n'ayant sur lui qu'une simple couverture de toile.
Après que je l'eus réchauffé autant que je le pouvais, ouvrant ses Lèvres pourpres, mon tendre petit Bébé me dit: «Me promets-tu d'être toujours une victime par amour pour moi, comme je le suis par amour pour toi?»
Je lui répondis: «Oui mon petit Trésor, je te le promets.» Il poursuivit: «Je ne suis pas satisfait de seulement ta parole, je veux un serment et une signature avec ton sang.» Alors je lui dis: «Si l'obéissance le veut, je le ferai.»
Il sembla tout content et poursuivit: «À partir du moment de ma naissance, mon Coeur a toujours été offert en sacrifice pour glorifier le Père, pour la conversion des pécheurs et pour les personnes qui m'entouraient et qui étaient mes plus fidèles compagnons dans mes douleurs. Ainsi, je veux que ton coeur soit continuellement dans cette attitude, offert en sacrifice à ces trois fins.»
Comme il disait cela, la Reine Maman voulait l'Enfant pour le rafraîchir de son très doux Lait. Je le lui remis et elle exposa son Sein pour le porter à la Bouche du divin petit Garçon. Et moi, rusée, voulant faire une blague, je commençai à sucer avec ma bouche. Dès l'instant que je fis cela, ils disparurent, me laissant à la fois contente et peinée. Que tout soit pour la gloire de Dieu et pour la confusion de la misérable pécheresse que je suis.
Il continuait de se montrer comme une ombre ou un éclair. Ainsi, je me retrouvai dans une mer d'amertume. Dans un court instant, il m'apparut en me disant: «La charité doit être comme un manteau qui recouvre toutes tes actions, de telle façon que tout en toi brille d'une parfaite charité. Que signifie ce déplaisir que tu ressens quand tu ne souffres pas? Il signifie que ta charité n'est pas parfaite, car souffrir par amour pour moi ou ne pas souffrir par amour pour moi (sans que ta volonté n'intervienne), c'est la même chose.»
Puis il disparut, me laissant plus amère qu'auparavant. C'est un sujet pour moi trop délicat pour que j'en parle ici. Après que j'eus pleuré des larmes amères sur mon état si misérable et aussi à cause de son absence, il revint et me dit: «Avec les âmes justes, j'agis avec justice. Beaucoup plus, je les récompense doublement pour leur justice en les favorisant des plus grandes grâces et en leur donnant des grâces de justice et de sainteté.»
Je me trouvais si confuse et mauvaise que je n'ai pas osé dire un seul mot. Plutôt, j'ai continué à pleurer sur ma misère. Jésus, désirant infuser en moi la confiance, mit sa Main sous ma tête pour la tenir (car elle ne pouvait se tenir seule) et me dit: «N'aie pas peur. Je suis le bouclier des combattants et des affligés.» Puis il disparut.
Comme ce matin l'obéissance m'avait demandé de prier pour une personne, dès que j'ai vu Jésus, je lui ai recommandé cette personne. Il me dit: «L'humiliation ne doit pas seulement être acceptée, mais on doit aussi l'aimer. On doit pour ainsi dire la mâcher comme de la nourriture. Comme c'est le cas pour la nourriture amère, plus on la mâche, plus on en goûte l'amertume. Bien mâchée, l'humiliation donne naissance à la mortification. Et ces deux moyens, l'humiliation et la mortification, sont très puissants pour surmonter certains obstacles et obtenir les grâces nécessaires.
Comme la nourriture amère, l'humiliation et la mortification semblent nuisibles à la nature humaine et semblent apporter du mal plutôt que du bien. Cependant, il n'en est pas ainsi. Plus le fer est battu sur l'enclume, plus il étincelle et devient purifié. Il en va ainsi pour l'âme qui veut vraiment marcher sur la voie du bien. Plus elle est humiliée et battue sur l'enclume de la mortification, plus il en jaillit des étincelles de feu céleste et plus elle est purifiée.»
Je me trouvais très affligée par la privation de mon plus grand et seul Bien. Après l'avoir longuement attendu, je l'ai finalement vu venir dans l'intérieur de mon coeur. Il pleurait. Il me fit comprendre combien il souffrit et s'humilia lui-même quand il fut circoncis. Cela me causa une grande souffrance, car je me suis sentie absorbée par son amertume. Compatissant avec moi, le petit Bébé béni me dit:
«Plus l'âme est humiliée et se connaît elle-même, plus elle s'approche de la Vérité. Dans la Vérité, elle cherche à suivre le chemin des vertus, duquel elle se sent très éloignée. Et, sur ce chemin, elle perçoit la distance qu'elle a encore à parcourir parce que ce chemin est sans fin. Il est infini comme je suis infini.
L'âme qui est dans la Vérité cherche toujours à se perfectionner, mais elle n'arrive jamais à se trouver parfaite. Cela l'amène à travailler continuellement, à se perfectionner toujours davantage, sans perdre de temps dans l'oisiveté. Et moi, bénissant ce travail, petit à petit, je fais les retouches pour peindre en elle mon image. C'est pourquoi j'ai voulu être circoncis: je voulais donner l'exemple de la plus grande humilité, ce qui stupéfia même les anges du Ciel.»
Je continuais de me voir non seulement remplie de misères, mais j'étais également inquiète. Tout mon intérieur était en effervescence à cause de la perte de Jésus. Je réfléchissais en moi-même en me disant que mes grands péchés m'avaient mérité que Jésus me laisse et que, par conséquent, je ne le verrai jamais plus. Oh! quelle mort cruelle c'était pour moi, plus cruelle que toute autre! J'étais terriblement accablée de ne plus voir Jésus, de ne plus entendre sa douce Voix, d'avoir perdu celui de qui ma vie dépendait, de qui me venait tout bien! Comment vivre sans lui? Ah! ayant perdu Jésus, tout était fini pour moi!
Noyée dans ces pensées, je me suis sentie dans une agonie mortelle et tout mon intérieur était bouleversé. Je voulais tellement Jésus! Alors, dans un éclat de lumière, il se manifesta à mon âme et me dit: «Paix, paix! Ne te trouble pas. De même qu'une fleur très odorante parfume le lieu où elle est placée, ainsi la paix de Dieu remplit l'âme qui la possède.» Puis il s'enfuit comme l'éclair.
Ah! Seigneur, comme tu es bon avec la pécheresse que je suis. Avec confiance, je te dis: «Ah! comme tu es singulier! Même si je suis en train de te perdre, tu ne veux pas que je sois troublée ou alarmée. Et, si je le suis, tu me fais comprendre que je m'éloigne ainsi de toi car, avec la paix, je me remplis de Dieu; et, dans le trouble, je me remplis de tentations diaboliques. Oh! mon doux Jésus, quelle patience est nécessaire avec toi! Car peu importe ce qui m'arrive, tu ne veux même pas que je m'alarme ou me trouble; tu me veux d'un calme et d'une paix parfaites.»
Alors que je me trouvais dans mon état habituel, je me suis sentie quitter mon corps et j'ai trouvé mon adorable Jésus. Mais, oh! comme je me suis vue remplie de péchés en sa présence! Intérieurement, j'ai senti un désir très fort de me confesser à Notre-Seigneur. Ainsi, me tournant vers lui, j'ai commencé à lui dire mes péchés. Il m'écoutait. Quand j'eus fini, il se tourna vers moi avec un air plein d'affliction et me dit:
«Ma fille, s'il est grave, le péché est un poison et une étreinte mortelle pour l'âme; et non seulement pour l'âme, mais aussi pour toutes les vertus qui s'y trouvent. S'il est véniel, c'est une étreinte qui blesse et qui rend l'âme faible et malade ainsi que les vertus qui s'y trouvent. Quel venin mortel est le péché! Seul, il peut blesser l'âme et lui donner la mort! Rien d'autre ne peut nuire à l'âme. Rien d'autre ne peut la rendre laide et haïssable devant moi. Seulement le péché.»
Comme il disait cela, j'ai compris la laideur du péché; j'ai ressenti une telle douleur que je ne sais pas comment l'exprimer. Jésus, me voyant toute torturée par la douleur, leva sa Main droite et prononça les paroles de l'absolution.
Et il ajouta: «Alors que le péché blesse l'âme et lui donne la mort, le sacrement de la confession lui redonne vie, guérit ses blessures, redonne vigueur à ses vertus et cela, plus ou moins, selon ses dispositions. C'est ainsi que travaille ce sacrement.»
Il me semblait que mon âme recevait une vie nouvelle. Après l'absolution de Jésus, je n'ai plus ressenti le trouble d'auparavant. Puisse le Seigneur être toujours remercié et glorifié!
Ce matin, j'ai reçu la communion. Me retrouvant avec Jésus, j'ai aussi trouvé la Reine Maman. Et quelle merveille: en regardant la Mère, j'ai vu son Coeur transformé en Jésus bébé; j'ai regardé le bébé et j'ai vu la Mère dans son Coeur. Alors je me suis souvenue que c'était la fête de l'Épiphanie. À l'exemple des saints rois mages, j'aurais voulu offrir quelque chose à Jésus bébé. Mais je n'avais rien à lui donner.
Alors, à travers ma misère, la pensée me vint de lui offrir, comme myrrhe, mon corps avec toutes les souffrances des douze années pendant lesquelles j'avais été alitée, prête à souffrir et à continuer aussi longtemps qu'il le désirerait. Comme or, je lui offris les douleurs que je ressens quand il me prive de sa présence, ce qui est pour moi la chose la plus souffrante et la plus douloureuse. Comme encens, je lui offris mes pauvres prières en les unissant à celles de la Reine Maman, afin qu'elles soient plus acceptables pour Jésus bébé.
J'ai fait mon offrande dans la confiance totale que l'Enfant allait l'accepter. Cependant, il me sembla que même si Jésus acceptait ma pauvre offrande avec grand plaisir, ce qu'il aimait le plus était la confiance avec laquelle je l'offrais.
Il me dit: «La confiance a deux bras. Avec le premier, on embrasse mon Humanité et on en use comme d'une échelle pour s'élever jusqu'à ma Divinité. Avec l'autre, on embrasse ma Divinité et on obtient d'elle des torrents de grâces célestes. Ainsi, l'âme est tout inondée par l'Être divin.
«Quand l'âme a confiance, elle est sûre d'obtenir ce quelle demande: je garde mes Bras attachés et je laisse l'âme faire ce qu'elle veut. Je la laisse pénétrer plus profondément dans mon Coeur et je la laisse y prendre ce qu'elle m'a demandé. Si je ne faisais pas ainsi, je me sentirais dans un état de violence vis-à-vis de l'âme.»
Comme il disait cela, de la Poitrine de l'Enfant (ou de la Poitrine de la Mère) venaient des courants de liqueur (mais je ne sais pas exactement comment nommer ce que j'appelle ici liqueur) qui inonda toute mon âme. Puis la Reine Maman disparut.
Par la suite, l'Enfant et moi allâmes dans la voûte des cieux. J'ai vu sa charmante Figure attristée. Je me suis dit en moi-même: «Peut-être désire-t-il les caresses de la Reine Maman.» Je l'ai pressé fortement sur mon coeur et Jésus bébé prit un aspect jubilant. Qui pourrait dire ce qui se passa alors entre Jésus et moi? Je n'ai pas la langue pour le manifester ni les expressions pour le décrire.
Je me disais intérieurement: «Qui pourrait dire combien d'erreurs et de bévues contiennent ces choses que j'écris?» À ce moment, je me suis sentie comme si je perdais connaissance et Jésus béni vint et me dit: «Ma fille, même tes erreurs aideront à faire comprendre qu'il n'y a aucune tromperie volontaire de ta part et que tu n'es pas un docteur (car si tu en étais un, tu saurais où tu erres). Elles rendront encore plus clair que c'est moi qui te parle -- du moins pour ceux qui savent voir les choses simplement. Mais je t'assure qu'ils ne trouveront pas une ombre de vice, ni rien qui ne dise "vertu" car, quand tu écris, moi-même guide ta main. Tout au plus, ils pourront trouver quelque chose qui, au premier regard, semble erroné, mais qui, s'ils regardent de plus près, correspond à la Vérité.»
Ayant dit cela, il disparut. Quelques heures plus tard, alors que je me sentais toute perplexe et mal à l'aise relativement à ce qu'il m'avait dit, il revint et ajouta: «Mon héritage est fermeté et stabilité. Je ne suis sujet à aucun changement. Plus une âme s'approche de moi et avance sur le chemin de la vertu, plus elle se sent ferme et stable dans le bien; d'autre part, plus elle est loin de moi, plus elle est sujette à osciller entre le bien et le mal.»
Alors que je me trouvais dans mon état habituel, mon aimable Jésus se montra à moi dans un état lamentable. Ses Mains étaient attachées solidement, sa Face était couverte de crachats, et il y avait plusieurs personnes qui le giflaient copieusement. Quant à lui, il était calme et tranquille, sans bouger et sans proférer une seule plainte. Il ne bougeait même pas une paupière, montrant ainsi qu'il voulait souffrir ces outrages, non seulement extérieurement, mais aussi intérieurement. Quel spectacle émouvant, capable de briser les coeurs les plus durs! Combien de choses me disait cette Face souillée de boue et de dégoûtants crachats! J'étais frappée d'horreur. Je tremblais. Je me suis vue toute remplie d'orgueil comparativement à lui.
Il me dit: «Ma fille, seuls les petits se laissent traiter comme on le veut; pas ceux qui sont petits en raison humaine, mais ceux qui sont petits et remplis de raison divine. Je peux dire que je suis humble, mais ce qui est appelé humilité chez l'homme devrait être appelé connaissance de soi. Celui qui ne se connaît pas lui-même marche dans la fausseté.»
Puis, pendant quelques minutes, il fut silencieux. Je le contemplais. Et j'ai vu une main munie d'une lumière qui cherchait en moi, dans les endroits les plus intimes et cachés, pour voir si on pouvait y trouver la connaissance de soi et l'amour des humiliations, de la confusion et de la disgrâce. La lumière trouva un vide en mon intérieur et j'ai vu que cet endroit aurait dû être rempli d'humiliations et de confusion, suivant l'exemple de mon Jésus béni.
Oh! combien de choses cette lumière et cette attitude sacrée de Jésus me firent comprendre. Je me suis dit en moi-même: «Un Dieu humilié et confus pour mon amour; et moi, une pécheresse privée de ces marques de distinction! Un Dieu stable et ferme qui, devant tant d'injustices, ne bouge même pas pour se défaire des crachats dégoûtants qui couvrent son Visage. Ah! s'il voulait rejeter ces souffrances, ces outrages, il pourrait parfaitement le faire! Je comprends que ce ne sont pas les chaînes qui le retiennent dans cette situation, mais sa Volonté stable qui veut sauver la race humaine quelqu'en soit le prix! Et moi, où sont mes humiliations? Où est ma fermeté et ma constance à travailler par amour pour Jésus et mon prochain! Oh! quels êtres dissemblables nous sommes Jésus et moi!»
Pendant que mon petit cerveau se perdait dans ces pensées, mon adorable Jésus me dit: «Mon Humanité fut submergée par la disgrâce et l'humiliation, au point de débordement. C'est pourquoi, devant mes vertus, le Ciel et la terre tremblent et les âmes qui m'aiment usent de mon Humanité comme d'une échelle pour atteindre quelques reflets de mes vertus.
«Dis-moi: comparativement à mon humilité, où est la tienne? Moi seul peux me glorifier de posséder une vraie humilité. Unie à ma Divinité, mon Humanité aurait pu faire des prodiges à chaque pas, en paroles et en actes, mais, volontairement, je me suis restreint aux bornes de mon Humanité, je me suis montré le plus pauvre, j'ai été jusqu'à me confondre avec les pécheurs.
«J'aurais pu accomplir la Rédemption dans un temps très bref, et même d'un seul mot. Mais, pendant de longues années, avec tant de privations et de souffrances, j'ai voulus faire miennes les misères de l'homme. J'ai voulu m'adonner à de nombreuses et diverses actions pour que l'homme puisse être renouvelé et divinisé, même dans ses plus petits travaux. Portés par moi qui était Dieu et homme, ces travaux humains reçurent une nouvelle splendeur et furent marqués du sceau de la Divinité.
«Dissimulée dans mon Humanité, ma Divinité descendit aussi bas que de se mettre au niveau des actes humains, alors que, d'un simple acte de ma Volonté, j'aurais pu créer un nombre infini de mondes qui auraient transcendé les misères et les faiblesses de cette humanité! Devant la Justice divine, j'ai choisi de voir mon Humanité recouverte de tous les péchés des hommes pour lesquels j'ai eu à expier par des douleurs inouïes et en versant tout mon Sang! Ainsi, j'ai accompli des actes continuels d'humilité héroïque.
«La grande différence entre mon humilité et celle des créatures qui, devant la mienne, n'est qu'une ombre -- même celle de mes saints --, c'est que les créatures sont toujours créatures et ne connaissent pas comme moi le vrai poids du péché. Bien que certaines âmes furent héroïques et que, à mon exemple, elles se soient offertes pour souffrir les peines des autres, elles ne sont pas différentes des autres: elles sont faites de la même glaise.
«La simple pensée que leurs souffrances sont la cause de nouveaux gains pour elles, et qu'elles en glorifient Dieu, est un grand honneur pour elles. De plus, les créatures sont restreintes au cercle où Dieu les a mises; elles ne peuvent aller hors des limites de ce cercle. Oh! s'il était en leur pouvoir de faire et de défaire, combien d'autres choses ne feraient-elles pas. Chacun atteindrait les étoiles! Au contraire, mon Humanité divinisée n'avait aucune limite. Cependant, elle s'est restreinte aux limites humaines afin que toutes ses Oeuvres soient tissées d'humilité héroïque.
«Le manque d'humilité de l'homme fut la cause de tous les maux qui ont inondé la terre. Et moi, par l'exercice de cette vertu, je devais attirer sur les hommes tous les biens de la Divinité. Aucune grâce ne quitte mon Trône, si ce n'est à travers l'humilité; aucune requête ne peut être reçue par moi, si elle n'a pas la signature de l'humilité. Aucune prière n'est entendue par mes Oreilles ni n'émeut mon Coeur à la compassion, si elle n'est pas parfumée d'humilité.
«Si la créature ne va pas jusqu'au bout pour détruire en elle cette recherche des honneurs et l'estime de soi (ce qu'on détruit en aimant être haï, humilié et confondu), elle sentira autour de son coeur comme une tresse d'épines, et elle aura un vide dans son coeur qui l'ennuiera toujours et la maintiendra très dissemblable de ma très sainte Humanité. Si elle n'en vient pas à aimer les humiliations, tout au plus sera-t-elle capable de se connaître un peu, mais elle ne brillera pas devant moi, vêtue du beau et charmant vêtement de l'humilité.»
Qui pourrait dire toutes les choses que j'ai comprises concernant la vertu d'humilité et la corrélation entre la connaissance de soi et l'humilité? Il me semble avoir saisi la distinction entre ces deux vertus, mais je n'ai pas les mots pour l'exprimer. Pour dire quelque chose là-dessus, je me servirai d'un exemple.
Imaginons un homme pauvre qui sait qu'il est pauvre et qui, pour les personnes qui ne le connaissent pas et qui pourraient croire qu'il possède quelque chose, manifeste clairement sa pauvreté. On peut dire de cet homme qu'il se connaît, qu'il dit la vérité et, qu'ainsi, il sera plus aimé. Il attirera les autres à la compassion sur son état misérable. Tous l'aideront. C'est ce que produit la connaissance de soi.
Mais qu'arriverait-il si cet homme, ayant honte de manifester sa pauvreté, se vantait d'être riche, alors que tous sauraient qu'il ne possède même pas les vêtements qu'il porte et qu'il meurt de faim. Tous le haïraient, personne ne l'aiderait et il deviendrait la risée de tous ceux qui le connaissent. Ce misérable homme irait de mal en pis et finirait par périr. C'est ce que l'orgueil produit devant Dieu et devant les hommes. Celui qui ne se connaît pas s'éloigne automatiquement de la Vérité et s'engage sur les chemins de la fausseté.
Il y a une autre forme d'humilité héroïque qui résulte aussi de la connaissance de soi. Imaginons un homme riche, né au milieu du confort et des richesses, et qui est bien reconnu comme tel. Cependant, considérant les humiliations profondes auxquelles Notre-Seigneur Jésus-Christ s'est soumis par Amour pour nous, il devient amoureux de la sainte humilité, abandonne ses richesses et son confort, enlève ses nobles vêtements et se couvre de guenilles. Il vit inconnu. Il ne dit à personne qui il est. Il vit avec les plus pauvres comme s'il était leur égal. Il fait sa joie des mépris et des confusions. On trouve chez cet homme ce qui arrive aux saints qui s'humilient de plus en plus et qui savent que le Seigneur les remplit ainsi de ses grâces et de ses dons.
Dans ces exemples, on voit que la connaissance de soi sans humilité n'est bonne à rien, alors que la connaissance de soi accompagnée d'humilité devient précieuse.
Ah oui! l'humilité attire la grâce, brise les plus fortes chaînes et fait surmonter chaque barrière entre l'âme et Dieu. L'humilité est la petite plante toujours verte et fleurie qui n'est pas sujette à être rongée par les vers et qui ne peut être abîmée ou flétrie par les vents, la grêle ou la chaleur. Alors même qu'elle est la plus petite plante, elle développe les plus grandes branches qui pénètrent dans le Ciel et rejoignent le Coeur de Notre-Seigneur. Seulement les branches qui proviennent de cette petite plante ont leurs entrées gratuites dans cet adorable Coeur.
L'humilité est l'ancre de paix dans la mer des tempêtes de cette vie. L'humilité est le sel qui assaisonne toutes les vertus et préserve l'âme de la corruption du péché. L'humilité est la petite herbe qui pousse près des chemins; elle disparaît quand elle est piétinée mais elle repousse ensuite plus belle qu'avant. L'humilité est cette greffe domestique qui ennoblit la plante sauvage. Elle est la monnaie de la grâce. L'humilité est la lune qui nous guide dans les ténèbres de la nuit de cette vie. L'humilité est le marchand rusé qui sait comment vendre ses biens et qui ne gaspille pas même un sou de la grâce qui lui est donnée. L'humilité est la clef du Paradis où personne ne peut entrer sans elle. L'humilité est le sourire de Dieu et de tout le Paradis et les pleurs de tout l'enfer.
Ce matin, mon adorable Jésus est venu et reparti sans m'avoir parlé. Après, j'ai senti que je quittais mon corps. Le dos tourné, il m'a dit:
«En beaucoup, il n'y a plus de droiture. Ils disent: "Aussi longtemps que les choses continueront de cette manière, nous n'aurons pas de succès dans nos projets. Feignons donc la vertu, prétendons être droits, feignons être de vrais amis; ainsi, il sera plus facile de tisser notre filet et de les abuser. Quand nous arriverons à eux pour leur faire du mal et les dévorer, eux, croyant que nous sommes des amis, tomberont spontanément dans nos mains." Voilà à quel niveau de sournoiserie l'homme peut atteindre.»
Par la suite, désirant de moi une réparation spéciale, Jésus béni sembla m'enlever la vie en me présentant à la Justice divine. De par sa manière de faire, j'ai pensé qu'il me ferait quitter cette vie. C'est pourquoi je lui ai dit: «Seigneur, je ne veux pas entrer au Ciel sans tes marques de distinction. Crucifie-moi d'abord et, ensuite, amène-moi.»
Il transperça mes mains et mes pieds avec des clous. Et pendant qu'il le faisait, à mon plus grand regret, il disparut et je me suis retrouvée dans mon corps. Je me suis dit intérieurement: «Me voilà encore ici! Ah! combien de fois m'as-tu fait cela, mon cher Jésus. Tu as un art spécial pour me faire ce coup: tu me laisses croire que je vais mourir, ce qui m'amène à me rire du monde et des douleurs en me disant que la séparation d'avec toi est terminée, puis, quand j'ai commencé à me réjouir, je me retrouve encore enfermée dans la prison de ce corps fragile. Par suite, oubliant mes réjouissances, je reviens à mes pleurs, à mes lamentations et aux souffrances de ma séparation de toi. Ah! Seigneur, reviens vite, car je suis profondément consternée.»
Après avoir vécu des jours très amers de privation, mon pauvre coeur se débattait entre la peur d'avoir perdu Jésus à tout jamais et l'espérance que peut-être je le reverrai encore. Ô Dieu! Quelle guerre sanglante mon coeur eut à soutenir! Sa souffrance était telle qu'à un instant il gelait et, à l'instant suivant, il était comme sous le pressoir et dégouttait le sang.
Pendant que j'étais dans cet état, j'ai senti mon doux Jésus tout près de moi. Il retira le voile qui me couvrait les yeux et, finalement, j'ai pu le voir. Immédiatement, je lui ai dit: «Ô Seigneur, tu ne m'aimes plus?» Il me répondit: «Oui, oui je t'aime! Ce que je te recommande, c'est la correspondance à ma grâce. Et, pour être fidèle, tu dois être comme l'écho qui se répercute dans l'atmosphère et qui, aussitôt que quelqu'un commence à faire entendre sa voix, immédiatement, sans le moindre retard, répète ce qu'il entend. C'est ainsi que tu dois faire. Aussitôt que tu commences à recevoir ma grâce, sans même attendre que je finisse de te la donner, tu dois immédiatement commencer à faire entendre l'écho de ta correspondance.»
Je continuais d'être quasi totalement privée de mon doux Jésus. Ma vie s'écoulait dans la douleur. Je sentais un grand ennui, une grande lassitude de vivre! Je me disais intérieurement: «Oh! comme mon exil est prolongé! Oh! quel serait mon bonheur si je pouvais dissoudre les liens de ce corps. Ainsi, mon âme prendrait librement son envol vers mon plus grand Bien!» Une pensée m'effleura l'esprit: «Et si tu allais en enfer!» Pour empêcher que le démon ne m'attaque sur ce point, je me suis dépêchée de dire: «Alors, même en enfer, j'enverrais mes soupirs à mon doux Jésus; même là, je l'aimerais.»
Pendant que j'entretenais ces pensées et bien d'autres (il serait trop long de les mentionner toutes), mon aimable Jésus se montra pendant un court temps et, d'un ton sérieux, il me dit: «Ton temps n'est pas encore arrivé.» Dans une lumière intellectuelle, il me fit comprendre que tout doit être ordonné dans une âme. L'âme possède beaucoup de petites chambres, une pour chaque vertu, chaque vertu ayant avec elle toutes les autres, de telle manière que si l'âme semble ne posséder qu'une vertu, celle-ci est accompagnée de toutes les autres. Néanmoins, les vertus sont toutes distinctes et chacune a sa place dans l'âme. Elles proviennent toutes de la Très Sainte Trinité qui, tout en étant une, est formée de trois personnes distinctes.
J'ai aussi compris que chacune des chambres de l'âme est, ou bien remplie par une vertu, ou bien par le vice opposé, et que s'il n'y a ni vertu ni vice, elle reste vide. Il semblait que mon âme était comme une maison qui contient beaucoup de chambres, toutes vides; quelques-unes remplies de serpents, quelques-unes de boue, d'autres sombres. Ah! Seigneur, toi seul peux mettre de l'ordre dans ma pauvre âme!
Le même état persistait. Ce matin, Jésus me transporta hors de mon corps. Après avoir attendu si longtemps, il semblait que, cette fois, je le voyais clairement. Cependant, je me suis vue si mauvaise que je n'osais pas dire un mot. Nous nous regardâmes l'un l'autre, mais en silence. À travers ces regards mutuels, j'ai compris que Jésus était rempli d'amertume, mais je n'ai pas osé lui dire: «Verse ton amertume en moi.»
Il s'approcha cependant de moi et commença à déverser son amertume. L'ayant reçue, je fus incapable de la contenir et je la rejetai sur le sol. Alors il me dit: «Que fais-tu là? Tu ne veux plus partager mon amertume? Tu ne veux plus me soulager dans mes douleurs?»
Je lui dis: «Seigneur ce n'est pas que je ne veux pas. Je ne sais ce qui m'arrive. Je me sens si remplie de ton amertume que je n'ai pas de place pour la contenir. Seulement un prodige de ta part peut agrandir mon intérieur; ainsi, je pourrai recevoir ton amertume.»
Jésus fit sur moi un grand signe de croix et il déversa encore son amertume. Cette fois, il me sembla que j'étais capable de la contenir. Il dit ensuite: «Ma fille, la mortification est comme un feu qui fait sécher toutes les mauvaises humeurs qui sont dans l'âme et qui l'inonde d'une humeur de sainteté, donnant naissance aux plus belles vertus.»
Jésus vint plusieurs fois, mais toujours en silence. Je sentais un vide en moi et de la peine, car je n'entendais pas sa très douce Voix. Revenant pour me consoler, il me dit:
«La grâce est la vie de l'âme. Comme l'âme donne vie au corps, ainsi la grâce donne vie à l'âme. Pour le corps, il ne suffit pas qu'il ait une âme pour maintenir sa vie, il lui faut aussi de la nourriture pour qu'il puisse grandir jusqu'à sa pleine stature. Ainsi, pour l'âme, il n'est pas suffisant qu'elle ait la grâce pour la maintenir en vie, il lui faut aussi de la nourriture pour qu'elle puisse progresser vers sa pleine stature. Et cette nourriture est la correspondance à la grâce. La grâce et la correspondance à la grâce forment une chaîne qui conduit l'âme au Ciel. Dans la mesure où l'âme correspond à la grâce, les maillons de cette chaîne se forment.»
Et il ajouta: «Quel est le passeport pour entrer dans le royaume de la grâce? C'est l'humilité. L'âme qui regarde toujours son néant et qui perçoit n'être rien que poussière et vent met sa confiance dans la grâce qui devient comme son maître. Prenant les commandes, la grâce conduit l'âme sur le chemin de toutes les vertus et lui fait atteindre les sommets de la perfection. Sans la grâce, l'âme est comme le corps départi de son âme qui devient rempli de vers et de pourriture et qui horrifie le regard. Ainsi, sans la grâce, l'âme devient si abominable qu'elle horrifie le regard, non pas des hommes, mais de Dieu lui-même.»
Ce matin, je me suis trouvée dans un état de grand découragement, spécialement parce que j'étais privée de la présence de Jésus, mon plus grand Bien. Il s'est montré et m'a dit:
«Le découragement est une humeur toxique qui infecte les plus belles fleurs et leurs fruits les plus plaisants. Cette humeur toxique pénètre dans les racines de l'arbre, l'imprégnant complètement, le faisant se dessécher et devenir répugnant. Si quelqu'un ne le guérit pas en l'arrosant de l'humeur contraire, l'arbre s'écroule. Il en est ainsi pour l'âme qui s'imbibe de l'humeur toxique du découragement.»
Après ces propos de Jésus, je me sentais encore découragée, toute repliée sur moi-même, et je me suis vue si méchante que je n'ai pas osé me précipiter vers lui. Mon esprit se disait: «Il est inutile pour moi d'espérer plus longtemps ses visites continuelles, ses grâces, ses charismes comme avant. Tout est fini pour moi.»
Presque en me réprimandant, Jésus ajouta: «Que fais-tu? Que fais-tu? Ne sais-tu pas que le manque de confiance rend l'âme comme moribonde? En pensant qu'elle va mourir, l'âme ne sait comment disposer de la vie, comment acquérir la grâce, comment s'en servir, comment se rendre plus belle ou comment agir pour se guérir de son affaissement.»
Ah! Seigneur, il me semble voir ce fantôme du manque de confiance, malpropre, amaigri, craintif et tout tremblant et qui, de tout son art, sans autre instrument que la peur, conduit l'âme à la fosse. Et ce qui est pire, ce fantôme ne se montre pas comme un ennemi, car alors l'âme pourrait le démasquer; il se montre plutôt comme un ami; il s'infiltre secrètement, feignant d'agoniser avec l'âme et se disant prêt à mourir avec elle. Et si l'âme n'est pas attentive, elle ne saura comment se débarrasser de cette tromperie.
Alors que je continuais dans le même état, mais avec un peu plus de courage, mon très cher Jésus vint et me dit: «Ma fille, quelquefois l'âme rencontre le vice face à face. Si, rassemblant son courage, elle triomphe de cet ennemi, la vertu opposée devient plus resplendissante et plus profondément enracinée en elle. Mais l'âme doit être prudente afin de ne pas fournir la corde avec laquelle elle peut être attachée, cette corde étant le manque de confiance. Cela se fera en dilatant son coeur dans la confiance, tout en demeurant à l'intérieur du cercle de la vérité, qui est la connaissance de son néant.»
Ce matin, après avoir communié, j'ai vu mon adorable Jésus, mais dans une attitude toute nouvelle. Il me semblait sérieux, réservé et sur le point de me réprimander. Quel changement dramatique. Au lieu d'être soulagé, mon pauvre coeur se sentit oppressé, transpercé par cette attitude inhabituelle de Jésus. Cependant, comme j'avais été privée de sa présence dans les jours précédents, je sentais un grand besoin de soulagement.
Il me dit: «Comme la chaux a le pouvoir de dévorer les objets qui sont plongés en elle, ainsi la mortification a le pouvoir de dévorer les imperfections et les défauts qui se trouvent dans l'âme; elle va aussi loin que de spiritualiser le corps. Elle se place près de l'âme et y scelle toutes les vertus. Jusqu'à ce qu'elle ait bien dévoré ton âme et ton corps, elle ne pourra pas sceller parfaitement en toi les marques de ma crucifixion.»
Ensuite, on perça mes mains et mes pieds (je ne suis pas sûre qui le faisait, bien qu'il me semblait que c'était un ange). Puis, avec une lance qu'il tira de son Coeur, Jésus perça mon coeur, ce qui me donna une vive douleur. Ensuite, il disparut, me laissant plus affligée qu'auparavant.
J'ai bien compris qu'il était nécessaire que la mortification soit pour moi une inséparable amie, mais que pas même l'ombre d'une amitié avec elle existait en moi! «Ah! Seigneur, attache-moi à la mortification par une amitié indissoluble car, par moi-même, mes manières sont toutes rustiques.»
Ne se voyant pas chaudement reçue par moi, la mortification devient tout respect envers moi; elle me ménage toujours, craignant qu'un jour je lui tourne le dos complètement. Jamais elle ne mènera son majestueux travail à son achèvement car, aussi longtemps que nous serons à couteaux tirés, ses mains prodigieuses ne m'atteindront pas pour travailler sur moi et me présenter devant Jésus comme un digne travail de ses saintes mains.
Ce matin, après avoir renouvelé en moi les douleurs de la crucifixion, Jésus me dit: «Par le bon air ou le mauvais air qu'une personne respire, son corps est purifié ou infecté. La mortification doit être l'air de l'âme. Par l'air que l'âme respire, on reconnaît si elle est saine ou malade. Si une personne respire l'air de la mortification, chaque chose sera purifiée en elle; tous ses sens sonneront d'un même son concordant. Mais si elle ne respire pas l'air de la mortification, tout sera discordant en elle; elle aura une haleine répugnante. Pendant qu'elle domptera une passion, une autre se lèvera. Sa vie se déroulera comme un jeu d'enfant.»
Il me sembla voir la mortification comme un instrument de musique, qui, si ses cordes sont toutes bonnes et fortes, produit un son harmonieux. Mais si ses cordes ne sont pas de bonne qualité, alors on doit en ajuster une, puis une autre, et ainsi sans cesse, de sorte qu'on doit toujours ajuster l'instrument sans jamais pouvoir en jouer. Et si on essaie d'en jouer, on n'entend que des sons discordants.
Ce matin, mon adorable Jésus est venu et m'a transportée hors de mon corps. J'ai vu beaucoup de personnes en action, mais je ne peux dire si c'était la guerre ou la révolution. Pour ce qui est de Notre-Seigneur, les gens ne faisaient que lui tresser des couronnes d'épines. Pendant qu'avec soin je lui en ai enlevé une, ils lui en ont fixé une autre encore plus douloureuse.
Ah! il me semble bien que notre âge sera désavoué à cause de son orgueil! La plus grande infortune, c'est de perdre le contrôle de sa tête car, une fois qu'une personne a perdu le contrôle de sa tête et de son cerveau, tous ses membres deviennent invalides, ou ils deviennent ennemis les uns des autres.
Mon patient Jésus toléra toutes ces couronnes d'épines. Et à peine les eus-je enlevées qu'il se tourna vers les gens et leur dit: «Certains dans la guerre, certains en prison, d'autres dans les tremblements de terre. Quelques-uns resteront. L'orgueil a dirigé votre vie, et l'orgueil vous donnera la mort.»
Après cela, me tirant d'au milieu de ces personnes, Jésus béni s'est changé en enfant. Je l'ai porté dans mes bras pour qu'il se repose. Il m'a dit: «Entre toi et moi, que tout soit pour moi; et que ce que tu concéderas aux créatures ne soit rien d'autre que le débordement de notre amour.»
Mon Jésus béni continuait de venir. Après que j'eus communié, il renouvela en moi les douleurs de la crucifixion. J'en étais si atteinte que je ressentais le besoin d'un soulagement, mais je n'ai pas osé le demander.
Un peu plus tard, Jésus revint sous la forme d'un enfant et il m'embrassa plusieurs fois. De ses Lèvres très pures coulait un lait très doux que j'ai bu à grandes gorgées. Comme je faisais cela, il me dit: «Je suis la fleur du Paradis céleste et le parfum que j'exhale est tel que tout le Ciel en est parfumé. Je suis la Lumière qui éclaire tout le Ciel; tous sont imprégnés de cette Lumière. Mes saints tirent de moi leurs petites lampes. Il n'y a pas de lumière au Paradis qui ne soit tirée de cette Lumière.»
Ah oui! il n'y a pas de parfum de vertu sans Jésus; sans lui, il n'y a pas de lumière, même au plus haut des cieux.
Mon aimable Jésus recommença ses délais habituels. Qu'il soit toujours béni! En vérité, on a besoin d'avoir la patience d'un saint pour fonctionner avec lui. Celui qui n'a pas expérimenté cela ne peut le croire. Il est presqu'impossible de ne pas avoir une petite dispute avec lui.
Après avoir été patiente en l'attendant longuement, il vint finalement et me dit: «Ma fille, le don de la pureté n'est pas un don naturel mais une grâce acquise. L'âme l'obtient en se faisant attrayante par la mortification et les souffrances. Oh! comme les âmes mortifiées et souffrantes se rendent attrayantes. J'ai un tel goût pour elles que j'en deviens fou. Tout ce qu'elles veulent, je le leur donne. Quand tu es privée de moi -- ce qui est la souffrance la plus douloureuse pour toi --, accepte cette privation par amour pour moi; j'aurai pour toi un plus grand Amour qu'auparavant et je t'accorderai de nouvelles grâces.»
Ce matin, alors que j'avais presque perdu l'espérance que Jésus béni vienne, il revint soudain. Il renouvela en moi les douleurs de la crucifixion et me dit: «Le temps est arrivé. La fin se dessine, mais l'heure est incertaine.» Alors que je me demandais si ces mots avaient trait à ma crucifixion complète ou aux châtiments, je lui dis: «Seigneur, j'ai peur que mon état ne soit pas conforme à la Volonté de Dieu.» Jésus reprit: «Le signe le plus sûr pour savoir si un état est conforme à ma Volonté, c'est quand on ressent la force de vivre dans cet état.»
Je lui dis: «Si c'était ta Volonté, tu ne cesserais pas de venir comme avant!» Il répondit: «Quand une personne est devenue familière dans une famille, toutes ces cérémonies et ces respects ne sont plus utilisés comme ils l'étaient auparavant, quand elle était encore une étrangère. Et ce n'est pas là le signe que cette famille ne veut plus de la personne, ni qu'elle ne l'aime pas plus qu'avant. Il en va ainsi avec moi. Par conséquent, reste tranquille; laisse-moi faire. Ne te torture pas le cerveau ou ne perds pas la paix de ton coeur. Au temps voulu, tu comprendras mes oeuvres.»
Ce matin je me suis trouvée tout apeurée. Je croyais que tout était fantaisie ou que le démon voulait m'abuser. C'est pourquoi je détestais tout ce que je voyais et j'étais mécontente. J'ai vu que le confesseur priait Jésus de renouveler en moi les douleurs de la crucifixion et j'ai essayé de résister. Au commencement, Jésus béni le toléra ainsi mais, parce que le confesseur insistait, il me dit: «Ma fille, manquerons-nous réellement à l'obéissance cette fois-ci? Ne sais-tu pas que l'obéissance doit sceller l'âme et la rendre malléable comme la cire, de telle façon que le confesseur puisse lui donner la forme qu'il veut?»
Alors, ne s'occupant pas de mes résistances, il me fit partager les douleurs de la crucifixion. Et ne pouvant plus résister au commandement de Jésus et du confesseur (car je ne voulais pas consentir de peur que ce ne soit pas de Jésus), j'ai dû m'abandonner à la souffrance. Que Jésus soit toujours béni et que toutes les créatures le glorifient en toute chose et toujours!
Après avoir vécu plusieurs jours dans la privation de Jésus (au plus, il est venu quelques fois comme une ombre, puis il fuyait), je ressentais une telle peine que j'ai fondu en larmes. Compatissant à ma peine, Jésus béni vint, me regarda attentivement et me dit:
«Ma fille, n'aie pas peur, car je ne te laisserai pas. Quand tu es privée de ma présence, je ne veux pas que tu perdes coeur. Plutôt, à partir d'aujourd'hui, quand tu seras privée de moi, je veux que tu prennes ma Volonté et que tu te réjouisses en elle, m'aimant et me glorifiant en elle, en la considérant comme si elle était ma Personne même. En faisant ainsi, tu m'auras dans tes mains mêmes.
«Qu'est-ce qui forme la béatitude du Paradis? Certainement ma Divinité. Et de quoi sera formée la béatitude de mes bien-aimés sur la terre? Certainement de ma Volonté. Elle ne vous fuira jamais. Vous l'aurez toujours en votre possession. Si tu restes dans ma Volonté, là tu expérimenteras des joies ineffables et des plaisirs très purs. En ne quittant pas ma Volonté, l'âme se rend noble; elle devient riche, et tous ses travaux réfléchissent le Soleil divin, comme la surface de la terre réfléchit les rayons du soleil.
«L'âme qui fait ma Volonté est ma noble reine; elle prend sa nourriture et son breuvage uniquement dans ma Volonté. À cause de cela, il coule dans ses veines un sang très pur. Sa respiration exhale un arôme qui me rafraîchit totalement, car il provient de ma propre Respiration. Ainsi, je ne veux rien de toi, si ce n'est que tu formes ta béatitude à l'intérieur de ma Volonté, sans en sortir, même un bref instant.»
Pendant qu'il disait cela, je demeurais tout alarmée et apeurée à cause des Paroles de Jésus soutenant qu'il ne viendrait pas et que je devais me calmer dans sa Volonté. Ô Dieu, quelle peine, quelle angoisse mortelle! Mais, avec douceur, Jésus ajouta: «Comment puis-je te laisser alors que tu es une âme victime? Je cesserai de venir quand tu cesseras d'être une âme victime. Mais tant que tu seras victime, je me sentirai toujours attiré à venir à toi.»
Ainsi j'ai retrouvé mon calme. Je me suis sentie comme entourée par l'adorable Volonté de Dieu, de telle manière que je ne trouvais aucune ouverture pour m'échapper. J'espère qu'il me gardera toujours ainsi emprisonnée dans sa Volonté.
Alors que j'étais toute abandonnée à l'aimable Volonté de Notre-Seigneur, je me suis vue complètement entourée par mon doux Jésus, intérieurement et extérieurement. Je me suis vue comme transparente et, partout où je regardais, je voyais mon plus grand Bien. Mais, ô merveille, pendant que je me voyais entourée en dedans et en dehors par Jésus, moi-même, avec ma propre volonté, j'entourais Jésus de la même manière, de telle façon qu'il n'avait pas d'ouverture par où s'échapper, parce que, unie à la sienne, ma volonté le tenait enchaîné. Ô admirable secret de la Volonté de mon Seigneur, indescriptible est le bonheur qui vient de toi!
Comme je me trouvais dans cet état, Jésus béni me dit: «Ma fille, dans l'âme qui est toute transformée en ma Volonté, je trouve un doux repos. Cette âme devient pour moi comme ces lits moelleux qui ne perturbent en aucune manière ceux qui s'y reposent; même si les personnes qui s'en servent sont fatiguées, courbaturées et arides, la douceur et le plaisir qu'elles y trouvent sont tels qu'en s'éveillant, elles se trouvent fortes et en santé. Telle est pour moi l'âme conforme à ma Volonté. Et comme récompense, je me laisse moi-même lier par sa volonté et j'y fais briller mon Soleil divin comme en son plein midi.»
Ayant dit cela, il disparut. Plus tard, après que j'eus reçu la sainte communion, il revint et me transporta hors de mon corps. Je vis beaucoup de gens. Il me dit: «Dis-leur qu'ils font un grand mal en murmurant l'un contre l'autre; ils attirent mon indignation. Et cela est juste car, alors qu'ils sont tous sujets aux mêmes misères et faiblesses, ils ne font que s'intenter des procès l'un contre l'autre. Si, au contraire, avec charité ils se jugent l'un l'autre avec compassion, alors je me sens attiré à user de miséricorde avec eux.»
J'ai répété ces choses à ces gens, puis nous nous sommes retirés.
Ce matin, après que j'eus reçu la sainte communion, mon doux Jésus se montra à moi crucifié. Intérieurement, je me suis sentie attirée à me regarder en lui afin de pouvoir lui ressembler. Et lui-même se regarda en moi pour m'entraîner à lui ressembler.
Comme je faisais cela, j'ai senti que les douleurs de mon Seigneur crucifié s'infusaient en moi. Plein de bonté, il me dit: «Je veux que ta nourriture soit la souffrance, mais pas la souffrance pour elle-même, mais la souffrance comme fruit de ma Volonté. Le baiser qui liera notre amitié sera l'union de nos volontés; et le lien indissoluble qui nous liera dans un enlacement continuel sera une souffrance continuelle partagée.»
Pendant qu'il disait cela, Jésus béni devint décloué. Il prit sa Croix et l'étendit à l'intérieur de mon corps. J'en devins si étirée que j'ai senti mes os se disloquer. De plus, une main (je ne sais pas de qui elle était) perça mes mains et mes pieds et Jésus, qui était assis sur la Croix étendue en moi, prit grand plaisir à me voir souffrir et à voir la personne qui perça mes mains et mes pieds.
Puis il dit: «Maintenant je peux me reposer en tranquillité. Je n'ai même pas à me donner la peine de te crucifier, car l'obéissance fera tout cela par elle-même; je te laisse libre dans les mains de dame obéissance.»
Quittant la Croix, il se plaça sur mon coeur pour se reposer. Qui pourrait dire combien j'ai souffert dans cette position! Après une longue période et alors que, contrairement aux autres fois, Jésus ne se pressait pas pour me délivrer et me faire revenir à mon état naturel, je n'ai plus vu cette main qui m'avait crucifiée. Je l'ai dit à Jésus. Il me répondit: «Qui t'a mise sur la croix? Était-ce moi? C'était l'obéissance, et l'obéissance doit te libérer!» Il semblait qu'il voulait blaguer cette fois. Et il me libéra lui-même.
Ce matin, me retrouvant hors de mon corps, j'ai dû chercher à gauche et à droite pour trouver Jésus béni. Par hasard, je suis entrée dans une église et je l'ai trouvé sur l'autel où le Sacrifice divin était offert. Immédiatement, j'ai couru à lui et je l'ai embrassé en disant: «Finalement, je t'ai trouvé! Tu m'as laissé te chercher ici et là au point de me fatiguer, et tu étais ici!»
En me regardant avec gravité, et non pas selon sa manière bienveillante habituelle, il me dit: «Ce matin, je me sens très chagriné et je sens un grand besoin de recourir aux châtiments pour m'enlever mon fardeau.» Immédiatement, j'ai répondu: «Mon Cher, ce n'est rien! Nous allons remédier à cela à l'instant! Tu vas déverser ton amertume en moi et, ainsi, tu seras soulagé, n'est-ce pas?» Alors, il déversa son amertume en moi.
Ensuite, me pressant sur lui-même, comme s'il était libéré d'un grand poids, il ajouta: «L'âme conforme à ma Volonté sait si bien comment maîtriser ma Puissance qu'elle en vient à me lier complètement; elle me désarme comme il lui plaît. Ah! toi, combien de fois tu me lies!» Pendant qu'il disait cela, il revint à son aspect doux et bienveillant habituel.
Étant un peu agitée à propos d'une certaine chose, mon esprit errait ici et là. Je cherchais à me rassurer et à retrouver ma paix, mais Jésus béni m'empêchait d'arriver à mon but. Comme j'insistais, il me dit: «Pourquoi vagabondes-tu ainsi? Ne sais-tu pas que celui qui va contre ma Volonté va hors de la lumière et s'emprisonne dans la noirceur?»
Comme pour me distraire de ce que je cherchais, il me transporta hors de mon corps et, changeant de sujet, il me dit: «Le soleil illumine toute la terre d'un bout à l'autre, de telle manière qu'il n'y a pas un endroit qui ne profite de sa lumière. Il n'y a personne qui puisse se plaindre d'être privé de ses rayons bienfaisants. Chacun peut en bénéficier comme s'il l'avait pour lui seul. Seulement ceux qui se cachent dans des lieux obscurs peuvent se plaindre de ne pas en jouir. Cependant, continuant son office charitable, il laisse quand même passer pour eux quelques rayons.
«Le soleil qui éclaire tous les peuples est une image de ma grâce. Les pauvres et les riches, les ignorants et les savants, les chrétiens et les incroyants peuvent en bénéficier. Personne ne peut dire qu'il en est privé, parce que la lumière de la Vérité inonde le monde comme le soleil en son plein midi.
«Mais quelle n'est pas ma peine de voir que les gens passent au milieu de cette lumière les yeux fermés et que, défiant ma grâce par leurs torrents d'iniquités, ils s'éloignent de cette lumière et vivent volontairement dans des régions ténébreuses au milieu de cruels ennemis. Ils sont exposés à mille dangers parce qu'ils n'ont pas la lumière; ils ne peuvent discerner s'ils sont au milieu d'amis ou d'ennemis et, ainsi, ne savent pas contourner les dangers qui les entourent.
«Ah! tous seraient horrifiés si l'homme faisait ce genre d'affront au soleil, poussant son ingratitude jusqu'à s'arracher les yeux pour le vexer et ne pas voir ses rayons, pour être ainsi plus certains de vivre dans les ténèbres. S'il pouvait raisonner, le soleil enverrait des lamentations et des pleurs plutôt que sa lumière, ce qui tournerait la nature sens dessus dessous.
«Quoiqu'il serait horrifié de voir faire cela en ce qui concerne la lumière naturelle, l'homme atteint de tels extrêmes en ce qui concerne la lumière de ma grâce. Mais, toujours bienveillante, la grâce continue d'envoyer ses rayons sur les ténèbres humaines. Ma grâce n'ignore personne! C'est plutôt l'homme qui, volontairement, la boude. Et quoiqu'il n'ait plus cette lumière en lui, celle-ci lui octroie quand même son scintillement.»
Pendant qu'il disait cela, Jésus semblait extrêmement affligé. Je fis ce que je pouvais pour le consoler, le priant de déverser son amertume en moi. Il ajouta: «J'implore ta compassion, même si je suis la cause de ton affliction car, de temps en temps, je sens la nécessité d'alléger ma douleur en parlant à mes âmes bien-aimées de l'ingratitude des hommes. Je veux émouvoir ces âmes amies pour les amener à me faire réparation pour tous ces excès, et aussi pour les amener à la compassion envers les hommes eux-mêmes.» Je lui dis: «Seigneur, j'aimerais que tu ne m'épargnes pas en me faisant participer à tes douleurs.» Et, sans que j'aie pu en dire plus, il disparut et me fit réintégrer mon corps.
Ce matin, après que j'eus reçu la sainte communion, j'ai vu mon cher Jésus sous la forme d'un enfant, avec une lance à la main, désirant transpercer mon coeur. Comme j'avais dit une certaine chose à mon confesseur, Jésus, voulant me réprimander, me dit: «Tu veux éviter de souffrir, mais je veux que tu commences une nouvelle vie de souffrance et d'obéissance!»
Comme il disait cela, il transperça mon coeur avec la lance. Puis il ajouta: «L'intensité du feu correspond à la quantité de bois qu'on y met. Plus le feu est grand, plus grande est sa capacité de brûler et de consumer les objets qu'on y dépose, et plus grandes sont la chaleur et la lumière qu'il développe. Telle est l'obéissance. Plus elle est grande, plus elle est capable de détruire dans l'âme ce qui est matériel. Comme à une cire molle, l'obéissance donne à l'âme la forme qu'elle veut.»
Tout se passait comme à l'accoutumée. Ce matin, j'ai vu Jésus plus affligé que d'habitude et il menaçait de mort des personnes. J'ai vu aussi que, dans certains pays, beaucoup mouraient.
Plus tard, j'ai passé dans le purgatoire et, y ayant reconnu une amie décédée, je l'ai questionnée sur différentes choses concernant mon état. Je voulais spécialement savoir si mon état correspondait à la Volonté de Dieu et si c'était Jésus qui venait ou le démon. Je lui ai dit: «Puisque tu te trouves devant la Vérité et que tu connais les choses clairement sans pouvoir être trompée, tu peux me dire la vérité sur mes affaires.»
Elle me répondit: «N'aie pas peur. Ton état est selon la Volonté de Dieu et Jésus t'aime beaucoup. C'est pour cette raison qu'il daigne se manifester à toi.»
Alors, lui soumettant quelques-uns de mes doutes, je la priai d'avoir la bonté d'examiner ces choses devant la lumière de la Vérité et d'être assez charitable de venir ensuite m'éclairer. J'ai ajouté que si elle faisait cela, en récompense, je ferais célébrer une messe à ses intentions.
Elle dit: «Si le Seigneur le veut! Car nous sommes si plongés en Dieu que nous ne pouvons pas même bouger nos paupières sans son consentement. Nous vivons en Dieu comme des personnes qui vivent dans un autre corps. Nous pouvons penser, parler, travailler, marcher, autant qu'il nous est donné par ce corps d'appoint. Pour nous, ce n'est pas comme pour toi, qui as le libre choix, qui dispose de ta propre volonté. Pour nous, nos volontés personnelles ont comme cessé de fonctionner. Notre volonté est uniquement celle de Dieu. Nous vivons en elle. En elle nous trouvons tout notre contentement, tout notre bien et toute notre gloire.»
Puis, dans un contentement inexprimable concernant la Volonté divine, nous nous sommes séparées.
Le confesseur m'avait demandé de prier le Seigneur pour qu'il me manifeste la manière d'attirer les âmes au catholicisme et d'éliminer l'incroyance. J'ai prié Jésus sur ce point pendant plusieurs jours et il daigna aborder cette question.
Ainsi, ce matin, je me suis trouvée hors de mon corps, transportée dans un jardin. Il me sembla que c'était le jardin de l'Église. Il y avait là beaucoup de prêtres et d'autre dignitaires qui discutaient sur la question. Un chien immense et puissant vint et laissa la plupart si effrayés et épuisés qu'ils se sont laissés mordre par la bête. Par la suite, ils se retirèrent de la réunion comme des peureux.
Cependant le chien féroce n'avait pas la force de mordre ceux qui avaient Jésus dans leur coeur comme le centre de toutes leurs actions, de toutes leurs pensées et de tous leurs désirs. Ah oui! Jésus était le bouclier de ces personnes; la bête devint si faible devant elles qu'elle n'avait pas la force de respirer. Pendant que les gens discutaient, j'ai entendu Jésus qui disait derrière mon dos:
«Toutes les autres sociétés connaissent ceux qui appartiennent à leur groupe. Seulement mon Église ne sait pas qui sont ses fils. Le premier pas est de savoir quels sont ceux qui lui appartiennent. Vous pouvez les connaître en établissant une réunion à laquelle ceux qui sont catholiques seront invités, à un endroit bien choisi pour une telle réunion. Et là, avec l'aide de laïcs catholiques, établissez ce qui doit être fait.
«Le deuxième pas est d'obliger les catholiques présents à se confesser, ceci étant la chose principale qui renouvelle l'homme et en fait un vrai catholique. Ceci n'est pas seulement pour ceux qui assistent, mais aussi pour celui qui est le supérieur. Il devra aussi obliger ses sujets à se confesser. Pour ceux qui refuseront, il devra avec courtoisie les congédier.
«Quand chaque prêtre aura formé le groupe de ses catholiques, on pourra ensuite faire d'autres pas. Et pour reconnaître les temps appropriés pour avancer, on doit faire comme pour les arbres qui ont besoin d'être émondés. Les arbres émondés produisent des fruits de qualité, mais si l'arbre n'est pas émondé, il affiche un bel étalage de branches feuillues et de fleurs, mais il n'a pas suffisamment de sève et de force pour transformer autant de fleurs en fruits. Puis, quand une grosse pluie ou un coup de vent arrive, les fleurs tombent et l'arbre devient dénudé. Il en va ainsi pour les choses de la religion.
«Premièrement, vous devez former un corps de catholiques suffisant pour se tenir debout devant les autres groupes. Ensuite, vous pouvez entrer dans les autres groupes pour n'en former plus qu'un.»
Après qu'il eut dit cela, je ne l'ai plus entendu. Sans même le revoir, je me suis retrouvée en mon corps. Qui pourrait dire ma peine de ne pas avoir vu Jésus béni pendant toute la journée et toutes les larmes que j'ai versées!
Puisque Jésus continuait d'être absent, j'étais consumée par la peine et j'ai senti en moi monter une fièvre au point d'en devenir délirante. Le confesseur vint pour célébrer le sacrifice divin et j'ai reçu la communion. Cependant, je n'ai pas vu mon cher Jésus comme d'habitude quand je communie. C'est pourquoi j'ai commencé à parler d'une manière insensée:
«Dis-moi, mon Bien, pourquoi ne te montres-tu pas? Il me semble que cette fois je n'ai pas occasionné ton évasion! Quoi? Tu me laisses tout simplement? Ah! pas même des amis de cette terre agissent de cette manière. Quand il ont à partir, au moins ils disent au revoir. Et tu ne me dis même pas au revoir! Peut-on agir de cette manière? Pardonne-moi si je parle comme cela. C'est la fièvre qui me rend délirante et qui me fait tomber dans cette folie!»
Qui pourrait dire toutes les idioties que je lui ai ainsi dites? J'étais délirante et je pleurais. À un moment, Jésus montrait une main, à un autre, un bras. J'ai vu le confesseur qui me donna l'autorisation de souffrir la crucifixion. Ainsi contraint par l'obéissance, Jésus se montra. Je lui dis: «Pourquoi ne te montrais-tu pas?»
Et lui, d'un ton sévère, me dit: «Ce n'est rien! Ce n'est rien! C'est seulement que je veux châtier la terre. Mais le fait d'être en bonne relation avec ne fût-ce qu'une seule personne me rend désarmé et je n'ai plus la force de mettre les châtiments en marche; quand tu vois que je veux envoyer des châtiments, tu commences à dire: "Verse-les sur moi. Fais-moi souffrir." Alors je me sens vaincu par toi et je ne passe jamais aux châtiments. Mais, pendant ce temps, l'homme ne fait que devenir plus provoquant.»
Le confesseur m'autorisa à souffrir la crucifixion. Mais Jésus se montra lent à procéder, contrairement aux autres fois où il passait immédiatement aux actes. Il me dit: «Que veux-tu faire?» Je lui répondis: «Seigneur, ce que tu veux.» Se tournant alors vers le confesseur, il lui dit d'un ton sérieux: «Veux-tu, toi aussi, me lier en lui donnant cette permission pour que je la fasse souffrir?»
Pendant qu'il disait cela, il commença à me faire partager les douleurs de la Croix. Par la suite, pacifié, il déversa en moi son amertume. Puis il dit: «Où est le confesseur?» Je répondis: «Je ne sais pas. Il n'est sûrement plus avec nous.» Jésus dit: «Je veux le voir car, puisqu'il m'a rafraîchi, je veux moi aussi le rafraîchir.»
Ce matin, Jésus béni me montra le Saint-Père avec des ailes étendues. Il était à la recherche de ses enfants pour les rassembler sous ses ailes. J'ai entendu ses gémissements: «Mes enfants, combien de fois j'ai essayé de vous rassembler sous mes ailes, mais vous me fuyez. Par pitié, entendez mes gémissements et compatissez à ma douleur!» Il pleurait amèrement. Il semblait que ce n'était pas seulement des laïcs qui s'écartaient du Pape, mais aussi des prêtres; et cela lui donnait des douleurs plus grandes encore. Comme il est pénible de voir le Pape dans cet état!
Après, j'ai vu Jésus faire écho aux gémissements du Saint-Père en disant: «Parmi ceux qui sont restés fidèles, quelques-uns vivent pour eux-mêmes; ils n'ont pas le zèle de s'exposer pour ma gloire et pour le bien des âmes. D'autres sont retenus par la peur. D'autres parlent, proposent et promettent, mais ne passent jamais aux actes.» Puis il disparut.
Un peu plus tard il revint et je me suis sentie toute anéantie par sa présence. Me voyant anéantie, il me dit: «Ma fille, plus tu t'abaisses, plus je me sens attiré à me courber vers toi et à te remplir de mes grâces. L'humilité attire ma lumière.»
Ayant reçu la sainte communion, j'ai vu mon doux Jésus. Il m'invita à sortir avec lui, à la condition cependant que partout où nous irions, si je voyais qu'il était contraint par les péchés d'envoyer des châtiments, je ne m'opposerais pas. Nous sommes ainsi allés de par le monde.
En premier, j'ai vu que tout était desséché en certains endroits. J'ai dit à Jésus: «Seigneur, que feront ces pauvres gens s'ils manquent de nourriture pour se nourrir? Oh! tu peux tout. Juste comme tu as fait que ces terres se dessèchent, rends-les florissantes.» Comme il portait une couronne d'épines, j'ai tendu mes mains en disant: «Mon Bien, qu'est-ce que ces personnes t'ont fait? Peut-être t'ont-elles mis cette couronne d'épines? Alors, donne-la moi. Ainsi, tu seras apaisé et tu leur donneras de la nourriture afin qu'ils ne périssent pas.»
Prenant sa couronne d'épines, je l'ai pressée sur ma tête. Comme je faisais cela, Jésus me dit: «Il est bien évident que je ne peux pas t'amener avec moi, car t'amener avec moi et ne pouvoir rien faire, c'est la même chose.» Je lui répondis: «Seigneur, je n'ai rien fait! Pardonne-moi si tu penses que j'ai mal agi. Mais, par pitié, garde-moi avec toi.» Il me dit: «Tes façons d'agir me lient complètement!» Et je poursuivis: «Ce n'est pas moi qui fais ainsi, c'est toi-même car, me trouvant avec toi, je vois que tout t'appartient et il me semble que si je ne prends pas soin de tes choses, je ne prends pas soin de toi. Par conséquent, tu dois me pardonner si j'agis de cette manière, car je le fais par amour pour toi. Tu ne dois pas m'écarter de toi pour cela!»
Ensuite, nous avons continué notre tournée. Je faisais tout ce que je pouvais pour ne rien dire afin de ne pas lui donner l'occasion de me congédier. Mais quand je ne pouvais plus me retenir, je commençais à m'opposer. Nous sommes arrivés à un point en Italie où on était à inventer un moyen de provoquer un grand écroulement, mais je ne comprenais pas ce que c'était. J'ai commencé à dire: «Seigneur, ne permets pas cela! Ces pauvres gens, que feront-ils?» Voyant que je devenais anxieuse et que je voulais l'empêcher d'agir, il me dit avec autorité: «Recule, recule!»
Prenant une ceinture pleine de clous et d'épingles qui était enfoncée dans son Corps et qui le faisait beaucoup souffrir, il ajouta: «Recule et prends cette ceinture avec toi; tu me soulageras beaucoup.» Je lui dis: «Oui, je vais la mettre à ta place, mais laisse-moi rester avec toi.» Il ajouta: «Non! Recule!» Il m'a dit cela avec une telle autorité que, incapable de résister, je suis retournée dans mon corps. Je n'ai pas pu comprendre ce qu'était cette invention.
Ce matin, en arrivant, mon adorable Jésus me dit: «Comme le soleil est la lumière du monde, ainsi le Verbe de Dieu, en s'incarnant, devint la lumière des âmes. Comme le soleil matériel donne la lumière à tous en général et à chacun en particulier (de sorte que chacun peut en jouir comme si elle lui était personnelle), ainsi le Verbe, alors qu'il donne la lumière en général, la donne à chacun en particulier; chacun peut l'avoir comme si elle était son bien personnel.»
Qui pourrait dire tout ce que j'ai compris concernant cette divine lumière et les effets bénéfiques qu'elle procure aux âmes. Il me sembla qu'en possédant cette lumière, l'âme fait fuir les ténèbres de l'esprit comme le soleil matériel fait fuir les ténèbres de la nuit. Si l'âme est froide, cette divine lumière la réchauffe; si elle est dénuée de vertus, elle la rend fertile; si elle est infectée par la tiédeur, elle la stimule à la ferveur. En un mot, le divin Soleil inonde l'âme de tous ses rayons et va jusqu'à la transformer en sa propre lumière.
Comme je me sentais épuisée, Jésus me dit: «Ce matin, je veux me réjouir en toi.» Et il commença à faire ses artifices amoureux coutumiers.
Après que je l'eus attendu beaucoup, mon doux Jésus se montra dans mon coeur. Je le vis comme un soleil qui envoyait ses rayons. Au centre de ce soleil, je percevais l'auguste Figure de Notre-Seigneur. Mais ce qui m'émerveillait le plus était que je voyais plusieurs servantes habillées de blanc avec des couronnes sur la tête; elles entouraient le divin Soleil et se nourrissaient de ses rayons. Oh! comme elles étaient belles, modestes, humbles et toutes appliquées à se réjouir en Jésus!
Ne sachant pas la signification de tout cela et ayant un peu peur, j'ai demandé à Jésus de me dire qui étaient ces demoiselles. Il me dit: «Ces demoiselles sont tes passions que moi, par ma grâce, j'ai changées en autant de vertus et qui me font un noble cortège. Elles sont toutes à ma disposition et je les nourris de mes grâces continuelles.»
Ah! Seigneur, je me sens si mauvaise que j'ai honte de moi!
Ce matin, j'ai beaucoup souffert de l'absence de mon cher Jésus. Néanmoins, il allait me récompenser de ma peine en répondant à un désir de connaître une certaine chose qui m'habitait depuis longtemps. Voici: